Les troubles de la voix chez les enseignants et les téléopérateurs de centres d’appel

Les dysphonies des enseignants

Plusieurs études épidémiologiques mettent en évidence le fait que les problèmes vocaux surviennent plus fréquemment chez les enseignants que dans la population générale et ceci de manière très significative [14].
Dans une étude de synthèse sur la prévalence des problèmes vocaux, Mattiske et coll. (1998) rapportent quatre études concluant qu’au moins 50 % des enseignants font mention de problèmes vocaux [15].
Les études américaines estiment la présence de dysphonies dans 58% de la population enseignante et parmi ces enseignants, 18% sont contraints à un arrêt-maladie pour ce motif. Ainsi, aux États-Unis, la prévalence est d’environ 12 % chez les enseignants et 6 % chez les non-enseignants [16].

En Europe, les enseignants représentent environ 6 millions de travailleurs soit en moyenne 2,6 % de la population active.
Aux États-Unis, les enseignants représentent environ 4,2 % de la population active.
En France, les enseignants constituent un corps social d’environ un million de personnes [17].
En Italie, il y a environ 978 000 enseignants, dont la moitié sont âgés de 50 à 60 ans, tandis qu’un peu plus de 10% ont entre 25 et 40 ans (source : Ministère de l’Éducation Nationale Italienne 2008).
Le corps enseignant du primaire et du secondaire est très féminisé.
En Europe, les femmes composent la majorité du personnel enseignant aux niveaux primaire et secondaire. Ainsi en 2002, dans tous les pays de l’Union Européenne, plus de 70 % des enseignants du primaire sont des femmes [14,18].
Dans le niveau secondaire inférieur, bien que les femmes soient majoritaires, la proportion est plus faible. Dans l’enseignement secondaire supérieur, la présence des femmes est moins marquée.
Les enseignants s’expriment dans un environnement bruyant, souvent mal insonorisé, plusieurs heures par jour. La profession d’enseignant implique, pour diverses raisons, des exigences élevées sur le plan de la robustesse et de l’endurance vocales :

  • la voix didactique a généralement une intensité plus élevée que la voix d’expression simple [19] ;
  • l’activité didactique professionnelle implique généralement un usage prolongé [20,21] ;
  • la voix didactique est une voix « directive ou « projetée », comportant l’intention d’agir sur l’auditeur (intéresser, faire passer un message, expliquer, convaincre, enthousiasmer, etc) ;
  • les conditions d’environnement, en particulier sur le plan acoustique, sont dans de nombreux cas loin d’être optimales : réverbération, isolation, bruit d’ambiance de la classe [22, 23, 24].

Il y a aussi la conduite d’une classe avec le bruit permanent, le manque d’attention des élèves, la nécessité de répéter la même chose, la fatigue personnelle, l’obligation de devoir forcer sa voix.
Chez les enseignants qui demeurent dans la profession, la prévalence des problèmes vocaux croît avec l’âge, pour atteindre un maximum dans le groupe d’âge 50-59 ans. Toutefois, de nombreux enseignants sont contraints d’abandonner de façon prématurée et définitive la profession en raison de leurs difficultés vocales [25 ].
Une étude finlandaise récente montre que la prévalence de symptômes vocaux chez les enseignants a significativement augmenté en l’espace de 12 ans (1988-2000) [ 26].
Aux États-Unis, le coût lié à l’absentéisme et aux traitements mis en œuvre est estimé par Verdolini et Ramig à 2,5 billions de dollars par an [27].
Dans certains pays européens (Angleterre, Finlande, Pologne), les troubles de la voix liés à l’exercice professionnel sont reconnus comme des maladies professionnelles [28 ]. Ainsi, en Pologne, c’est le plus grand groupe d’atteintes professionnelles déclarées ; en 2002, ce ne sont pas moins de 1 225 nouveaux cas qui ont été déclarés, soit une augmentation d’un quart à un tiers en 5 ans [29].
En Finlande, 10 % des enseignants ont un « problème sévère » et 5 % ont une capacité professionnelle remise en cause [28].
Pour Vilkman, cette absence de reconnaissance en maladie professionnelle dans beaucoup de pays est à souligner et revêt un caractère injuste.
Les pays scandinaves sont les premiers à avoir pris la mesure de l’ampleur de ce problème et ont mené depuis une quinzaine d’années un grand nombre de travaux sur la dysphonie et sur le forçage vocal, aussi bien d’un point de vue économique, épidémiologique que préventif [30].
En France, la Mutuelle Générale de l’Education Nationale (MGEN) a récemment sollicité l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) pour effectuer un bilan des connaissances scientifiques concernant les troubles de la voix chez les personnes l’utilisant dans le cadre de leur activité professionnelle, en particulier chez les enseignants [16].
Ce problème est donc de plus en plus pris au sérieux par les services de santé [31,32].