Coiffeurs d’hier et d’aujourd’hui

Les risques professionnels et les moyens de prévention

Les risques chimiques sont la principale cause des pathologies observées chez les salariés

Les opérations courantes obligent à l’utilisation d’une multitude de produits cosmétiques et/ou d’entretien du cheveu contenant des produits chimiques.

Dans les produits utilisés par les coiffeurs, on trouve les molécules suivantes :

  • dans les shampoings et les après shampoings : alcool, aldéhyde formique, résorcinol, hydroquinone, ammoniums quaternaires ; certains shampoings thérapeutiques contiennent en outre de l’acide salicylique ou des distillats du pétrole etc... ;
  • dans les produits de décoloration : ammoniaque, eau oxygénée, peroxyde de sodium, hydroxyde d’ammonium, persulfate de potassium ;
  • dans les produits de coloration : eau oxygénée, résorcinol , hydroquinone, paraphénylène diamine, henné ;
  • dans les produits de permanente : alcool, bromates, soude, acide borique , thioglycolate d’ammonium, monothioglycolate de glycérol, éthanolamine, acide mercaptoacétique ;
  • dans les produits de défrisage : chaux, soude, eau oxygénée, bromates, ammonium, thioglycolate, monothioglycolate de glycérol ;
  • dans les produits de lissage (formaldéhyde) ;
  • dans les produits de fixation de la coiffure : laques (solvants, propulseurs d’aérosol, polyvinylpyrrolidone) et gels ;
  • dans les instruments (manche des outils, etc...) nickel, chrome et cobalt ;
  • dans les gants : latex ;
  • dans les parfums : nombreux allergènes ;
  • dans les produits de nettoyage : produits d’entretien des locaux, du linge et des instruments, désinfectants, produits lessiviels...

La plupart de ces produits peut entraîner des irritations de la peau, des yeux, du nez et de la gorge et des allergies cutanées et/ou respiratoires (tableaux des maladies professionnelles n°65 et n°66 du Régime Général). Certains d’entre eux sont suspectés d’effets cancérogène et mutagène (hydroquinone, acide borique, aldéhyde formique...).

Éléments de prévention

  • Varier les tâches de chaque opérateur afin de diminuer la fréquence des shampoings car certaines de leurs substances sont irritantes. Le contact avec l’eau et le shampoing détruit le film protecteur de la peau et les variations de température de l’eau accentuent ce processus.
  • Dans la mesure du possible, éviter les produits chimiques dangereux tels que teintures à base de goudrons de houille, formaldéhyde, certains glycoéthers, le méthacrylate de méthyle, les amines aromatiques et les produits volatiles.
  • Employer des procédés de travail qui permettent de réduire l’exposition (récipients fermés, lavage des mains, affichage du mode d’emploi des produits, conservation des produits dans un endroit frais sec, entreposés par types compatibles).
  • Choisir préférentiellement des préparations chimiques non volatiles etremplacer les poudres par des pâtes.
  • Prévoir une ventilation suffisante : bonne aération générale du salon, ventilation si nécessaire par aspiration localisée (hottes) pour les zones de préparation des produits chimiques.
  • Recourir à un équipement de protection individuelle approprié : port de gants jetables en vinyle obligatoire pour permanentes, teintures ou shampoings.
    Éviter les gants en latex quand la peau est abîmée, protéger la peau par l’application régulière et répétée d’une crème barrière liposoluble ou mieux une crème aux silicones pour reconstituer le film lipidique naturel.
  • Utiliser des instruments à manche plastique (ciseaux, rasoirs jetables).
  • Pour éviter crevasses et dermites d’irritation, se laver les mains au savon surgras, les sécher en les tamponnant, appliquer des crèmes hydratantes protectrices et porter des gants l’hiver à l’extérieur (le froid desséchant les mains).

Zoom sur les produits de lissage

Les produits de lissage capillaire sont des produits cosmétiques essentiellement destinés à être utilisés par les professionnels de la coiffure. L’utilisation de ces produits prévoit en général des techniques à chaud réalisées à l’aide de plaques en céramique chauffées à des températures très élevées. Or, ces techniques utilisées par les professionnels peuvent entrainer la présence dans l’air ambiant de formaldéhyde en quantité d’autant plus importante que le nombre de lissages réalisés est élevé et que l’aération est insuffisante.
Par voie respiratoire, après exposition chronique chez l’homme, le formaldéhyde est cancérogène pour le naso-pharynx. Il est également suspecté dans la survenue de leucémies, de cancers des sinus et de la cavité nasale (cf. la mise en en garde du RNV3P, Réseau National de Vigilance et de Prévention des Pathologies Professionnelles).
Par ailleurs, il peut induire des irritations oculaires et respiratoires et provoquer des eczémas de contact.

L’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) et la DGCCRF (Direction Générale de la Consommation et de la Répression des Fraudes) dans un avis du 27/12/2010. rappellent que

  • « Les professionnels de la coiffure doivent veiller au respect des valeurs limites d’exposition professionnelle par une ventilation adaptée et un renouvellement de l’air régulier.
  • Les responsables de la mise sur le marché et importateurs de produits cosmétiques doivent s’assurer du respect de la concentration maximale de 0,2% en formaldéhyde libre dans ces produits dès lors qu’ils contiennent du formaldéhyde, des libérateurs de formaldéhyde et/ou du méthylène glycol. Ils doivent par ailleurs vérifier que l’étiquetage des produits contenant une concentration en formaldéhyde comprise entre 0,05% et 0,2% comporte la mention « contient du formaldéhyde).
  • Les professionnels de santé doivent déclarer à l’Afssaps tout effet indésirable grave survenu après l’application d’un produit de lissage capillaire ». Ces mêmes instances insistent sur l’intérêt de consulter un médecin en cas de survenue de manifestations cliniques telles que irritations oculaires, respiratoires ou cutanées, réactions allergiques,… pendant ou à la suite de la réalisation d’un lissage capillaire.

De plus, le Groupe de travail Emergence du RNV3P, dans un signalement paru en juin 2012, mentionne que l’AFSSAPS et la DGCCRF (dès septembre 2010) recommandaient aux professionnels de la coiffure et aux consommateurs de ne pas acheter ni d’utiliser des produits figurant sur une liste accessible sur le site de l’ANSM.

Les risques ostéo-articulaires et les troubles musculosquelettiques

Ils sont le fait des exigences physiques du travail et de la conception parfois insuffisante des outils, équipements et espaces mis à disposition des coiffeurs.
Ces affections comprennent les troubles de la main et du poignet tels que les tendinites et les syndromes du canal carpien (favorisés par la torsion et la flexion du poignet lors des coupes, l’utilisation d’un sèche-cheveux à main, d’une brosse ronde et d’un fer à friser), de même que les mouvements de préhension et de pincement exigés pour la coupe des cheveux avec des ciseaux émoussés ou mal adaptés. Les séchoirs les moins lourds seront à privilégier.
Les troubles de l’épaule (tendinites et bursites) sont provoqués par les extensions fréquentes nécessaires pour saisir les outils et le matériel, ou par l’obligation de maintenir les bras au dessus des épaules pour les coupes de cheveux et faire les mises en plis.
Les troubles douloureux du rachis résultent de la répétition rapide des mêmes gestes de torsion et de flexion du tronc.

Éléments de prévention
-*Bonne ergonomie des équipements et outils (mobilier ajustable, ciseaux aiguisés, fer à friser et sèche-cheveux munis de poignées flexibles et légers),

  • Bacs de lavage autonomes afin d’éviter les flexions prononcées du rachis,
  • Chaises et tabourets ajustables à roulettes permettant d’exécuter plusieurs tâches tout en permettant l’alternance des positions assises et debout.

Les risques liés aux ambiances de travail

  • La station debout, le piétinement et la chaleur dans le salon favorisent l’insuffisance veineuse des membres inférieurs. Porter des chaussures confortables à talon de hauteur modérée (3 à 4 cm) et proposer des chaussettes ou des bas de contention aux salariés le nécessitant.
  • Les bruits liés à l’utilisation des séchoirs et/ou à la proximité de la galerie dans les centres commerciaux sont sources de fatigue auditive.
  • Le stress lors des périodes de rush.

Les risques de chute de plain pied

Liés aux liquides répandus, au matériel mal rangé, aux fils électriques qui ne devraient pas traîner sur le sol aux passages étroits et encombrés rendant les déplacements difficiles.

Les risques biologiques

  • Parasitoses cutanées (poux, teignes, gale, impétigo, herpes simplex, varicelle).
  • Rhinobronchites infectieuses (grippe).
  • potentiellement AES (accident d’exposition au sang) d’un sujet infecté Hépatite B, Hépatite C ou VIH (SIDA ) lors d’une coupure du client.

Éléments de prévention :
La désinfection des instruments et des peignes peut se faire avec de l’éthanol pour lutter contre les virus et les bactéries.
La désinfection des outils tranchants peut être réalisée par ultraviolets (actifs sur leslentels et non sur les virus dont VIH et VHB) et/ou avec des produits chimiques (eau de javel, solution alcoolisée).

Les risques électriques

Des appareils électriques divers peuvent être utilisés dans un salon (tondeuse, sèche-cheveux, lisse cheveux..) et doivent être vérifiés pour s’assurer de leur mise à la terre et du bon état de leur cordon du fait de leur contact potentiel avec l’eau.

Les risques d’incendie

Les sources d’inflammation étant diverses (flamme de briquet, allumette, étincelle d’interrupteur, étincelle d’un conducteur ou d’un appareil électrique ou encore d’un objet chaud tel que fer à friser, une ampoule électrique ou plaque chauffante,...) ; la prévention des incendies suppose de s’assurer du bon entreposage et de la bonne utilisation des produits chimiques, de la mise à l’abri des flammes et des étincelles et des objets chauds, des matières inflammables, ainsi que du bon état des installations électriques. Chaque salon devrait établir un plan de prévention des incendies et de lutte contre le feu ainsi qu’un plan d’évacuation.