Troubles de la mémoire et difficultés de concentration chez des salariés d’Île-de-France

Troubles de la mémoire et difficultés de concentration chez des salariés d’Île-de-France

Docteurs Fabrice Locher 1), Jacques Alcouffe 1)2), Pascal Fau-Prudhomot 1)2), Patrice Manillier 1)2), Pierre-Yves Montéléon 2) et Magali Noyé 3)

1) Médecin du Travail ACMS
2) Membre du Comité d’Etudes Epidémiologiques de l’ACMS
3) Secrétaire médicale ACMS

ACMS : Association Interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de Santé au travail de la région Île-de-France, 55, Rue Rouget de Lisle, 92158 SURESNES.

Cet article a fait l’objet d’une communication affichée lors du 32e Congrès de Médecine et Santé au travail, Clermont-Ferrand, 5-8 juin 2012.

Résumé

Objectif

Evaluer le retentissement éventuel de la plainte alléguée de mémoire ou de concentration sur le travail au regard des conditions de travail perçues.

Méthode

Enquête descriptive transversale effectuée en 2011 au cabinet médical pendant une semaine au moyen d’un questionnaire anonyme comportant 2 échelles visuelles analogiques (EVA).

Résultats

Les 70 enquêteurs ont saisi 2 106 questionnaires dont 2 029 ont pu être exploités. L’échantillon était constitué de 52 % d’hommes et de 48 % de femmes d’un âge moyen de 37 ans.
Les employés (46,4 %) et les cadres (31 %) étaient les plus nombreux, majoritairement (56,9 %) issus de l’enseignement technique et supérieur. Ils travaillaient surtout dans les entreprises de services (43,4 %). Plus des 2/3 alléguaient des difficultés de concentration et plus des 3/4 des trous de mémoire et oublis. Cela préoccupait 44,5 % des salariés et ils étaient 38,3 % à estimer que cela avait un retentissement sur leur travail. L’exposition à une ambiance bruyante concernait 37,3 % des salariés, une charge de travail lourde ou excessive 28,5 %, un travail trop fréquemment interrompu 40,9 %, trop de tâches à effectuer en même temps 41,5 %, ne pas avoir les moyens nécessaires pour faire un travail de bonne qualité 23,1 %, ne pas être satisfait du travail actuel 15,8 %. Le pourcentage de salariés stressés dans la vie professionnelle était de 16,3 %, dans la vie privée de 11,2%. Les salariés travaillant dans le secteur tertiaire représentaient 57 % de l’échantillon ; parmi eux 35,8 % étaient en "open space". Nous avons effectué des régressions logistiques avec comme variable dépendante le retentissement des difficultés de concentration ou de mémoire sur le travail.
L’âge ≥ 50 ans apparaît protecteur (OR 0,64). Les facteurs péjoratifs sont : être stressé dans la vie privée (OR 1,75), le niveau d’études technique ou supérieur (OR 1,47), estimer avoir trop de tâches en même temps (OR 1,5), être insatisfait du travail actuel (OR 1,47).

Discussion/Conclusion :

Notre échantillon est représentatif du secteur privé d’Île-de-France. La prévalence des troubles allégués de concentration ou de mémoire trouvée dans notre étude est très supérieure aux 40 % de la population générale de tranches d’âge différentes et prenant en compte des personnes hors activité professionnelle. Nous avons observé un lien entre les troubles de la concentration et le bruit environnant ainsi qu’avec l’excès de tâches simultanées, ce qui semble devoir orienter la prévention vers une réduction du bruit – plus spécifiquement en "open space" – et vers une meilleure organisation du travail. Paradoxalement, l’avancée en âge modère le retentissement des troubles sur le travail.
Les plaintes mnésiques et les difficultés de concentration sont fréquentes puisque 40 % des sujets de 24 à 86 ans en font mention. Elles ne sont pas corrélées à l’âge dans la population active mais associées à des manifestations anxio-dépressives et des facteurs environnementaux.

Abstract : Memory and concentration problems among workers in Ile-de-France 

Objective

To evaluate the possible repercussions of alleged memory or concentration problems for work, as a function of perceived working conditions.

Method

A descriptive transverse survey, carried out over the course of a week in 2011, at a medical office, and based on an anonymous questionnaire including two visual analogue scales (VAS).

Results

The 70 investigators collected 2106 completed questionnaires, 2029 of which were suitable for analysis. The sample contained 52% men and 48% women, with a mean age of 37 years. Simple employees (46.4%) and executives (31%) were the groups most frequently represented, and the majority (56.9%) had received technical or higher education. Many worked for service companies (43.4%). More than two thirds of those interviewed claimed to have problems concentrating and more than three quarters reported memory problems and forgetfulness. These issues were a matter of concern for 44.5% of the employees, with 38.3% considering these problems to have repercussions for their work. Exposure to a noisy environment was reported by 37.3% of the employees, too heavy a workload by 28.5, too many interruptions by 40.9, having to do too many things at once by 41.5%, not having the means available to do a good job by 23.1% and not being satisfied with current work by 15.8%. Overall, 16.3% of the employees were considered stressed in their professional life and 11.2% were considered stressed in their private life. Tertiary sector employees accounted for 57% of the sample and 35.8% of these employees worked in open-plan offices. We carried out logistic regression analysis, with the consequences of memory or concentration problems for work as the dependent variable. Being 50 years old or older appeared to be protective (OR 0.64). The risk factors identified were: stress in private life (OR 1.75), having a technical or higher education (OR 1.47), a feeling of having too many things to do at once (OR 1.5) and being unsatisfied with current work (OR 1.47).

Discussion/Conclusion

Our sample is representative of the private sector in Île-de-France. Our findings suggest that prevalence of alleged concentration or memory problems in the general population of different age ranges, taking into account those without professional activities is likely to be much greater than 40%. We found that concentration problems were linked to surrounding noise and having too many things to do at once. This suggests that improvements could be achieved by decreasing noise levels, particularly in open-plan environments, and by improving work organisation. Paradoxically, older workers reported less severe effects of these problems on their work. Memory and concentration problems are frequent, as 40% of subjects between the ages of 24 and 86 years report such problems. They are not correlated with age in the active population, but are associated with signs of anxiety and depression and environmental factors.