Interventions médico-ergonomiques pour le maintien dans l’emploi en service inter-entreprises : bilan de quatre ans d’expérience

Docteurs Michel Dupéry*, Jacques Alcouffe*, Véronique Delalande-Danet*

*médecin du travail, ACMS

Avec l’aimable autorisation de la Revue des Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, cet article ayant été publié antérieurement dans la revue de décembre 2012, vol. 73, n°6, pages 868-876.

Résumé

Introduction 

Dès 1971, l’ACMS avait un conseiller de sécurité non médecin. En 1976, un ergonome a été recruté. En 1993, un groupe pluridisciplinaire d’études ergonomiques était mis en place. Il a été scindé en 2007 en un groupe d’IPRP (Intervenants en Prévention des Risques Professionnels) non médecins et un Groupe d’Études Spécialisées pour le Maintien dans l’Emploi et le Diagnostic (GESMED), composé de médecins.

Méthode 

Les résultats des études et mesurages en milieu de travail, la plupart couverts par le secret médical, sont transmis aux seuls médecins du travail pour les aider dans leurs décisions d’aptitude et pour la prévention des maladies professionnelles. La plate-forme CAPTIV® est souvent utilisée. Neuf médecins couvrent six spécialités : cardiologie, ergonomie et biomécanique, toxicologie, psychopathologie, radioprotection et maintien dans l’emploi.

Actions et résultats 

Les demandes des médecins peuvent être satisfaites par un simple entretien téléphonique (816), par un envoi de courriers ou de documents (675), ou bien nécessitent une intervention sur site d’un médecin du GESMED avec le médecin du travail de l’entreprise après accord de l’employeur (177 : chiffres de l’année 2010). Concernant ces interventions, six exemples représentatifs de chaque domaine concerné seront développés :

  • Quand une « banale » douleur du coude droit et de l’épaule amène à découvrir une pénibilité cardiaque insoupçonnée chez une technicienne de laboratoire de colles.
  • Comment assurer la maintenance d’installations automatisées dans des entrepôts de grande hauteur sous atmosphère appauvrie en oxygène ?
  • Quand un diagnostic de cancer de la vessie fait découvrir un risque professionnel : présence d’ HAP dans des huiles usagées de compresseurs.
  • Quand un problème visuel occulte un problème d’intégration d’une éducatrice spécialisée dans une association prenant en charge des adolescents en grande difficulté.
  • Que faire devant des résultats excessifs de dosimétries chez des transporteurs de sources radioactives à visée médicale ?
  • Comment permettre de terminer sa carrière à une fleuriste funéraire atteinte de deux localisations de TMS, a priori rédhibitoires ?

Discussion-conclusion 

Les interventions sollicitées par les médecins sont passées, toutes catégories confondues, de 1000 en 2007 à 2170 en 2010. Ces interventions ne sont pas en concurrence avec l’activité des IPRP puisqu’elles sont d’un autre registre où la vision médicale globale de l’Homme au travail (sain ou avec ses pathologies propres) est indispensable pour résoudre des cas particuliers.

Abstract 

Medical-ergonomic interventions aimed at sustaining employment within companies

Introduction

From 1971 owards, ACMS (occupational health care centers association) has had a non-medical security adviser. In 1976, an ergonomist was recruited. In 1993, a multidisciplinary group for ergonomic studies was set up. In 2007, this group was split into two distinct groups. On one hand, non-medical IPRP (stake-holders in prevention of occupational risks) and, on the other hand, a study group made up of occupational physicians, specialized in diagnosing and helping employees to keep their job. The latter is known as GESMED.

Method

The results of most studies and measurements in the workplace are confidential and covered by medical secrecy. These results are solely sent to the occupational physician, to help them evaluate the employees’ abilities and reduce the occurrence of work related diseases. The Captiv® platform system is frequently used to serve this purpose. Nine physicians and six medical specialties are represented : cardiology, ergonomics and biomechanics, toxicology, psychopathology, radioprotection and employment protection.

Interventions and results

The occupational physicians’ queries and requests are dealt with either by mail or by a conversation over the phone (816). Some queries require a physician from the GESMED to be dispatched to the company and operate hand in hand with its occupational physician, provided the employer has given his consent for such an intervention. In 2010, 177 interventions of this nature were recorded. Throughout this study, the six major types of interventions will be described, each accompanied by a distinctive and concrete example : (1) when a « commonplace » pain in the right elbow and shoulder of a technician in a glue laboratory leads to the discovery of an unsuspected cardiac constraint ; (2) the ways in which one can organize the maintenance of automated equipment in warehouses with a high ceiling and an artificial, oxygen-deprived atmosphere ; (3) when a recently diagnosed bladder cancer puts an employee’s and his colleagues’ safety at work in jeopardy ; (4) when a visual dysfunction masks the integration problems of a specialized educator working with adolescents facing a serious personal or emotional crisis ; (5) the way to deal with abnormally high dosimeter readings in workers trasporting medical radioactives sources ; (6) the ways and methods available to enable a funeral florist suffering from two MSD localizations (at first sight preventing any further professional activity) to continue her career.

Discussion-Conclusion

The number of interventions (all types included) requested by occupational physicians increased significantly over time : 824 in 2007 against 1739 in 2010. These interventions are not meant to supplant or compete with those performed by hygienists. The reason for this is that they are related to cases where a global understanding of workers (healthy or not) is essential to solve number of specific cases.