Consommation de substances psycho-actives et conduite professionnelle

Auteurs : Hélène ATTALI(1), Pascal FAU-PRUDHOMOT(1) (2), Valérie MARCHAND(3), Pascale SOUSSAN(1), Christine VILAINE(1).
(1) Médecin du travail, (2) Epidémiologiste, (3) Secrétaire médicale

ACMS Siège - 55, rue Rouget de Lisle 92158 Suresnes Cedex
ACMS Bagneux -157, rue des Blains 92220 Bagneux

Résumé

Parmi les missions des services de santé au travail (SST), la prévention de la consommation d’alcool ou de drogues illicites sur les lieux de travail est explicitement mentionnée. Un groupe de médecins du travail a souhaité mener une étude locale sur le thème de la consommation de substances psycho-actives (SPA), alcool et drogues illicites, chez les salariés conduisant à titre professionnel.

Objectifs et champ d’étude

Décrire les caractéristiques individuelles avec estimation de la santé perçue, aborder les consommations et leurs motivations, cerner les attentes des employeurs et des salariés, à partir d’un échantillon non aléatoire d’entreprises ayant une activité de conduite professionnelle et situées dans les départements de l’Essonne et des Hauts-de-Seine.

Méthode

Enquête descriptive transversale au moyen de deux auto-questionnaires anonymes standardisés distincts, destinés respectivement aux salariés et aux employeurs. Les données ont été saisies sur tableur Excel® et analysées avec le logiciel de traitement statistique SPSS®.

Résultats

Entre juin et novembre 2013, 122 questionnaires salariés ont été colligés. L’échantillon était quasi exclusivement masculin (92,6%), d’un âge moyen d’environ 40 ans. Un peu plus d’une personne sur 10 (12,3%) déclarait consommer régulièrement de l’alcool ou d’autres SPA. Parmi les salariés qui évoquaient un lien entre leurs conditions de travail et leur consommation (10,6%), la plupart mettait en avant la gestion du stress et celle des problèmes de travail. Un peu plus de la moitié des répondants (55,2%) attendait que sa consommation d’alcool ou d’autres substances illicites soit un sujet abordé lors de la visite médicale du travail ou de l’entretien infirmier. Les cadres exprimaient plus souvent cette attente que les employés, techniciens et ouvriers (73% vs respectivement 52%, 47,6%, 33,3%, p<0,05).
Le petit nombre de questionnaires employeurs recueillis pendant la période d’enquête (14) n’a pas permis d’effectuer de croisements statistiques. La moitié des employeurs disait avoir mis en place des mesures concrètes contre la consommation d’alcool ou d’autres SPA mais environ un quart reconnaissait l’existence d’événements invitant à la consommation d’alcool dans l’entreprise. Deux tiers ressentaient le besoin d’une information sur le plan juridique. La quasi-totalité souhaitait que leur Service de Santé au Travail soit impliqué dans le dépistage biologique d’alcool et des autres SPA.

Conclusion

Salariés et employeurs s’accordent sur la légitimité des SST dans la prévention de la consommation des SPA au travail avec des différences dans les modalités d’action souhaitées. Les SST doivent être à l’écoute de ces attentes et peuvent tenter d’y répondre de façon adaptée en développant une capacité collective permise par la pluridisciplinarité.

Abstract : consumption of psychoactive substances and driving at work 

The missions of health at work services (HWS) explicitly include prevention of the consumption of alcohol and illegal drugs in the workplace. A group of occupational health doctors decided to carry out a local study on the consumption of psychoactive substances (PAS), alcohol and illegal drugs by employees working as professional drivers.

Objectives and field of study

To describe individual characteristics, with an estimation of perceived health, to tackle the issue of this consumption and the reasons for it, and to determine the expectations of employers and employees, based on a non-random sample of companies with professional driving activities located in Essone and Hauts-de-Seine.

Methods

Descriptive transverse study based on two different anonymous standardized self-reported questionnaires, one for the employees and the other for their employers. The data were input into an Excel® table and analysed with SPSS® software.

Results

Between June and November 2013, 122 completed employee questionnaires were collected. Almost all the employees questioned were male (92.6%) and the mean age of those questioned was about 40 years. Just over one in 10 of those questioned (12.3%) declared that they regularly consumed alcohol or other PAS. Most of the employees who said there was a link between their working conditions and their consumption (10.6%) said that their consumption was linked to the management of stress and problems at work. Just over half the respondents (55.2%) expected the subject of the consumption of alcohol or illegal substances to be raised during their occupational health visits or visits to the nurse. Executives expressed this expectation more frequently than other employees, technicians and manual workers (73% vs. 52%, 47.6%, 33.3%, respectively, p<0.05). The small number (14) of employer questionnaires received during the study period precluded statistical cross-comparisons. About half the employers said that they had implemented concrete measures against the consumption of alcohol or other PAS, but about a quarter of the employers recognized the existence of events encouraging alcohol consumption in their companies. Two thirds felt the need for legal information. Almost all the employers wanted their HWS to carry out biological tests for alcohol and other PAS.

Conclusion

Employees and employers agreed on the legitimacy of the role of HWS in the prevention of PAS consumption at work, but they differed in their preferences concerning the mode of action of the HWS. HWS should listen to these expectations and try to respond to them in an appropriate manner by developing a collective capacity through multidisciplinarity.