Risques psycho-sociaux chez les gardiens et employés d’immeubles
Enquête sur un secteur géographique d’Île-de-France

Auteurs : ATTALI H.(1), BOUSSARHANE- TOUJRY F.(1), FAU-PRUDHOMOT P.(1) (2), KESSELRING C.(1), MUNIER A.(1), PADRAO V.(3), PIDET M-L.(4), SADORGE A(5), ACMS

(1) Médecin du travail, (2) Epidémiologiste, (3) Secrétaire médicale, (4) Psycho-sociologue du travail, Assistante Technique(5)
ACMS Siège - 55, rue Rouget de Lisle 92158 Suresnes Cedex
ACMS Bagneux -157, rue des Blains 92220 Bagneux

Résumé

Les médecins du secteur ACMS de Bagneux, assurant depuis de nombreuses années la surveillance médicale d’une population de gardiens et d’employés d’immeubles, ont vu s’infléchir la nature des doléances avec un accroissement des plaintes et troubles reliés aux risques psycho-sociaux. Ils ont souhaité objectiver ce ressenti.

Objectifs et champ d’étude

Décrire les données socio-professionnelles, les violences subies, l’environnement et le vécu au travail, les ressources et soutiens d’un échantillon de gardiens et employés d’immeubles travaillant sur 14 communes de l’Île-de-France.

Méthode

Enquête descriptive transversale par auto-questionnaire anonyme standardisé renseigné par le salarié, soit sur le lieu du travail, soit au centre médical, quel que soit le motif de visite. Les données ont été saisies sur tableur Excel® et analysées avec le logiciel de traitement statistique SPSS®.

Résultats

Entre mai et septembre 2013, 77 questionnaires valides ont été colligés. L’échantillon se composait de 57,9% de femmes et avait un âge moyen de 48,7 ans. L’ancienneté médiane était de 6 ans sur site et 12 ans dans le métier. Un tiers des personnes interrogées faisait ce métier à la suite d’une reconversion professionnelle et une sur cinq avait déjà exercé dans le passé des fonctions de sécurité. Les communes les plus représentées étaient Villejuif, Bagneux, Gentilly et Bourg-la-Reine. Les salariés considéraient que leur site de travail était « un site sensible » pour 34,7% d’entre eux, 26,3% subissaient des agressions verbales au moins une fois par mois et 14,7% avaient déjà été victime de violences physiques. Un tiers déclarait se sentir stressé et 62,2% que leur travail n’était pas reconnu à sa juste valeur. L’analyse multivariée des facteurs professionnels de stress a mis en évidence les éléments péjoratifs suivants : l’emplacement extérieur du local poubelles (OR 6,2), le fait d’être victime de violences physiques (OR 5) ou verbales (OR 4,3), le « squat » des halls (OR 3,6). A l’inverse, une ancienneté sur le site supérieure à 6 ans, un diplôme de niveau équivalent ou supérieur au bac et le fait d’avoir bénéficié d’une formation professionnelle spécifique ressortaient comme facteurs protecteurs.

Conclusion

Cette étude confirme chez les gardiens et employés d’immeubles de notre échantillon une proportion plus importante de personnes stressées qu’en population générale active d’Île-de-France. Les violences subies et certains facteurs de nuisance répétée voire quotidienne, comme le « squat » des halls d’immeubles, semblent jouer un rôle prédominant dans la genèse de ce stress. Les services de santé au travail ont une action importante de prévention à poursuivre, de façon plus particulièrement orientée vers de petites entités se trouvant parfois loin des regards institutionnels.


(*) Cette enquête s’intègre au projet de prévention collective de secteur dans le cadre du Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens (thème RPS et secteur d’activité Gardiens d’Immeubles).

Abstract : Psychosocial risks in caretakers and building employees. }}Survey of a geographic sector of Île-de-France 

The doctors of the Bagneux ACMS sector, who have been responsible for the medical surveillance of a population of caretakers and building staff over a number of years, noted a change in the nature of grievances, with an increase in complaints and problems relating to psychosocial risks. They decided to carry out an objective assessment to confirm the veracity of this impression.

Objectives and field of study

To describe the socioprofessional characteristics, the violence experienced, the working environment and life, resources and sources of support of a sample of caretakers and building employees working in 14 towns in Île-de-France.

Methods

We carried out a transverse descriptive study based on an anonymous standardised questionnaire completed by the employee either at work or at the medical centre, regardless of the reasons for his or her visit. The data were input into an Excel® spreadsheet and analysed with SPSS® statistical software.

Results

Between May and September 2013, we collected 77 completed, validated questionnaires. The study population consisted of 57.9% women, with a mean age of 48.7 years. These individuals had been working at the current site for a median of six years, and had been working in this profession for a median of 12 years. A third of those questioned had changed careers, having previously worked in a different sector, and one in five had previously been employed in the security sector. Villejuif, Bagneux, Gentilly and Bourg la Reine were the towns most frequently cited as the site of the workplace. The workplace was considered to be a “sensitive site” by 34.7% of those questioned; 26.3% reported suffering verbal aggression at least once per month and 14.7% had already been subjected to physical violence. One third of those questioned said that they felt stressed and 62.2% said that their work was not sufficiently appreciated. A multivariate analysis of professional stress factors identified the following elements as having a negative effect: the dustbins being located outdoors (OR: 6.2), having been a victim of physical (OR: 5) or verbal (OR: 4.3) violence, and the presence of individuals “squatting” the halls (OR: 3.6). Conversely, working at the same site for more than six years, having obtained the baccalaureate or an equivalent or superior diploma and having received specific professional training were identified as protective factors.

Conclusion

This study confirms that a higher proportion of the caretakers and building employees of our sample than of the general active population of Île-de-France are stressed. The violence experienced and certain repeated or even daily nuisances, such as outsiders occupying the halls of the building, seems to play a key role in the generation of this stress. Occupational health services have an important preventive role to play, focusing more particularly on small structures that may escape institutional monitoring.