Tapissier décorateur : un métier d’art..... mais pas seulement

Les prémices du métier

Les hommes ont très tôt voulu améliorer leur environnement, tant pour des raisons de confort que pour la recherche de ce que l’on pourrait appeler de la décoration, avec déjà une envie de faire quelque chose de beau.
Les Chinois connaissaient les tentures.
Au Moyen-Âge, au retour des croisades, les chevaliers font entrer la tapisserie dans les châteaux comme élément de décor et de fête. Les tapisseries habillaient également certains meubles (lits et dressoirs), mais servaient aussi de portes et de cloisons.
Au XIIIe siècle, des ateliers dits de haute et de basse lisses existent en France. Un statut régissait les activités des tapissiers « Sarrazinois » qui tissaient des tapis inspirés de l’Orient.
Le terme même de tapissier dérive du mot « Tapiz », qui serait d’origine byzantine.
Puis vinrent les tapissiers courtepointiers, ancêtres directs des tapissiers décorateurs, qui en plus de la vente de tapisseries et de mobilier, réalisaient des meubles garnis : lits, sièges et équipements de guerre.
En 1292, on note dans les registres de la ville de Paris, la présence de huit courtepointiers et de vingt-quatre tapissiers.
Ainsi, le tapissier est l’héritier des artisans du Moyen-Âge qui confectionnaient des courtines (rideaux) et des courtepointes (couvertures piquées) ou qui posaient des tentures et des tapisseries.

Le métier de tapissier tel que nous le connaissons apparait plus précisément au cours de l’évolution du siège.

Petite histoire du siège

Les premiers témoignages de l’existence de sièges datent de 2600 ans avant notre ère, en Égypte. Sur une chaise d’apparat exposée au musée du Louvre, datant de 1300 à 1400 avant JC, on observe un dossier de forme incurvée et une assise tressée de cordelettes témoignant d’une certaine recherche du confort.

Les Grecs utilisent des techniques proches de celles des Égyptiens. Les assemblages sont réalisés avec des tenons et des mortaises, consolidés par des chevilles. L’assise est réalisée grâce à des sangles de cuir, sur lesquelles repose un coussin garni de fibres végétales. Le dossier est incurvé permettant un bon soutien du dos.

Grâce aux fresques de Pompéi, nous avons des témoignages relatifs à la vie des Romains. Leurs sièges, comme leurs lits, occupent une place importante dans leur vie, car ils s ’en servent pour manger, recevoir, se reposer,... L’assise est encore constituée de lanières tressées ou de cuir sur lesquelles on dispose des coussins.

Au Moyen-Âge, la « chayère » ou chaire apparaît. C’est un meuble imposant, réservé au chef de famille. Cette chaire est le plus souvent en chêne et son assise est très haute. Pour apporter un peu de confort, un coussin est parfois déposé sur l’assise.

La Renaissance apporte des modifications notables. La chaire à bras marque une étape capitale. La recherche du confort se poursuit : si la structure du siège est encore rigide, avec un dossier droit et une assise haute, l’allègement de ce siège le rend enfin mobile. On observe les premières garnitures rembourrées fixées directement sur le châssis du siège. Désormais, le coussin d’assise ne peut plus glisser. Les garnisseurs de sièges font ainsi leur apparition devenant de ce fait, les premiers tapissiers.

A l’époque Louis XIII, la garniture s’épaissit et gagne en importance. Le dossier s’incline vers l’extérieur et le siège est plus bas. Les accotoirs sont incurvés dans leur partie centrale. Le soutien du corps est plus naturel. Il devient possible de s’assoupir sans craindre de tomber. C’est Louis XIII, par ses Édits, qui codifie et organise les différentes branches de ce métier.

Sous Louis XIV, la forme change peu. Le siège est plus une pièce d’apparat. Le dossier observe une plus grande inclinaison, ce qui rend les sièges moins confortables pour tenir une conversation.
Le statut des tapissiers continue d’évoluer. Ils font partie des maisons des grands seigneurs et ont droit au port de l’épée.

Sous la Régence, si la décoration est toujours luxueuse, les dimensions redeviennent à taille humaine. Le dossier se redresse légèrement. La structure s’allège. La position des supports d’accotoirs est reculée afin de permettre aux dames de s’asseoir plus confortablement avec leurs robes à panier. Mais surtout les garnitures sont fixées sur châssis mobiles, permettant de disposer de plusieurs jeux en fonction des saisons ou des évènements particuliers comme les fêtes ou les mariages.

Sous Louis XV, le fauteuil dit « à la reine » est muni d’un dossier plat contrairement au cabriolet qui est cintré. Sa forme le destinait à meubler les parois.

Vers les années 1750, à la faveur des découvertes d’Herculanum et de Pompéi, la mode à l’antique fait son apparition. Les formes rappellent le style Louis XV, mais le décor est dit néo-classique.

Sous Louis XVI, puis la Révolution et l’Empire, Georges Jacob, grand ébéniste, innove et crée de multiples « meubles de salon » nécessitant garnitures et couvertures. Son style d’abord classique comportant des lignes droites, géométriques est très élégant. Il évoluera avec le temps et l’utilisation de divers bois.

Le style Directoire est très sobre, plus strict que le Louis XVI et comportant moins de décorations.

Sous l’Empire, on revient à l’antique avec des applications de bronze et l’utilisation de bois foncés comme l’acajou.

Pendant la Restauration, le style est un peu solennel et se caractérise par un dossier et une assise carrés, mais avec quelques courbes au niveau des bras (fauteuil à accotoirs en crosse). Les bois clairs sont préférés, recouverts de tapisseries aux motifs inspirés de l’Antiquité.

Sous Louis-Philippe, on voit apparaître les accotoirs à double console. Les pieds sont tournés et cannelés ou tournés en spirale ou encore « en cuisse de grenouille ».

Mais, c’est sous Napoléon III, que le bois est le plus recouvert. Les garnitures sont à capiton. L’utilisation des ressorts apporte un confort supplémentaire. C’est l’époque d’une certaine convivialité que l’on retrouve dans des noms évocateurs comme le fauteuil crapaud, le confident (canapé à deux places en S), l’indiscret (canapé à trois places en hélice), la chauffeuse basse et frangée, le pouf,...

L’Art Nouveau se caractérise par un retour à la nature.
Les structures sculptées adoptent une ligne souple. Le dossier des chaises est généralement haut. Les formes sont volontiers asymétriques.

Les « années folles » sont sous le signe de l’Art Décoratif. Les sièges ont des formes généreuses. Leur élégance se double d’un réel confort. Les tissus utilisés, volontiers du velours, exigent un travail soigneux du tapissier.

L’époque moderne se targue d’être fonctionnelle. Les meubles, dont des sièges, sont dessinés par des architectes, comme Le Corbusier : lignes pures, dépouillement, surfaces lisses, utilisation volontiers du cuir... tout en gardant les techniques traditionnelles de rembourrage.

Pour le plaisir des mots et de ce qu’ils suggèrent, voici quelques noms de sièges et de fauteuils : banc, bergère (à oreilles, à gondole, Marie-Antoinette, à lambrequin, montgolfière ou Pompadour), boudeuse, bridge, cabriolet, caquetoire, causeuse, chaire, chauffeuse, Chesterfield, confident, crapaud, Davis, duchesse, fauteuil (en cabriolet, de cabinet, Club, inclinable, Jacob, à médaillon, Médicis, Poteau, à la reine, Gede, roulant), gondole, indiscret, marquise, méridienne, Récamier, Voltaire, voyelle, voyeuse à genoux, William, Windsor,...