Activités occasionnelles de soudage dans les entreprises

Discussion

Notre enquête de 2011 sur le repérage des activités de soudage dans les entreprises d’un service de santé au travail d’Ile-de-France avait montré que le soudage était ubiquitaire, qu’il fallait le rechercher systématiquement et qu’il pouvait concerner jusqu’à 3 % des effectifs suivis par un médecin du travail. Nous nous sommes intéressés au soudage occasionnel qui est pratiqué dans de nombreux métiers. Il présente des risques spécifiques, souvent sous-évalués par les entreprises et les médecins du travail, car ce n’est pas une activité fréquente. Ces risques sont parfois notifiés dans la fiche d’entreprise mais les expositions sont néanmoins peu souvent reportées dans le dossier médical de santé au travail.

Quarante sept situations de travail décrites phases 1 et 2 appariées par entreprise et par procédé, ont fait l’objet des analyses. Il faut noter que les opérateurs et les opérations de soudage pouvaient ne pas être les mêmes dans les 2 phases.
Les enquêteurs étaient plus souvent, des médecins du travail en phase 1 et d’autres membres de l’équipe pluridisciplinaire en phase 2. Cela reflète la progression de l’action pluridisciplinaire au cours des 6 mois qui séparaient les 2 phases.

Le soudage de type MIG et le soudage à l’arc représentaient plus de la moitié des procédés de soudage occasionnel (29,8 % et 23,5 %). Plus de la moitié des salariés pratiquait ces deux types de soudage. Le soudo-brasage et le brasage fort que l’on retrouve fréquemment chez les plombiers/chauffagistes, les frigoristes…, sont peu représentés dans notre étude (2,1 % chacun). En effet, dans notre enquête, les métiers les plus représentés étaient ceux de la réparation automobile (carrossier/tôlier/mécanicien) et de la maintenance (voir tableau 5). Pour ces métiers, l’utilisation était le plus souvent au moins hebdomadaire.

Plus de 80 % de l’activité se passait dans un atelier. Ceci peut expliquer que la zone de travail soit considérée comme propre dans 90 % des cas par celui qui a répondu au questionnaire. Cet atelier n’était probablement pas dédié au soudage, expliquant la présence non négligeable d’autres activités à proximité et la fréquence importante des postures contraignantes signalées. En effet, plus de la moitié des opérateurs exerce un métier du secteur d’activité de l’automobile où existent des postures contraignantes comme celles d’un mécanicien intervenant sur un véhicule : accroupi, bras levés, tronc en flexion…

Les métaux soudés étaient essentiellement de l’acier ou ses alliages, ce qui est cohérent avec les procédés de soudage principalement utilisés (ARC et MIG). Nous ne soupçonnions pas la présence de soudage occasionnel sur des circuits imprimés (6,4 %). Les trois quarts des procédés de soudage avaient recours à un métal d’apport dont la nature était le plus souvent inconnue (47,2 %) lors de la phase 1 et un peu mieux connue (74,3 %) lors de la phase 2. Là encore, l’acier prédominait. La présence des fiches de données de sécurité des baguettes d’apport concernait les procédés MIG, soudage à l’arc et brasage tendre. Ces fiches étaient très peu nombreuses en phase 1 mais leur nombre avait doublé en phase 2.

Comme attendu, pour trois quarts des cas le ponçage/meulage était le principal procédé de préparation des pièces à souder. Le dégraissage par solvants chlorés ne se retrouvait plus en phase 2. On peut supposer que les conseils donnés en phase 1 ont été pris en compte, ce qui peut expliquer la baisse du nombre de fiches de données de sécurité des produits chimiques utilisés en phase 2.

A l’issue de la phase 2, les risques associés (décrits dans le tableau 7) ont été retrouvés moins fréquemment (diminution cumulée de 25 %). La protection (collective et individuelle) s’était améliorée (18,1 %), restait satisfaisante (43,5 %) ou restait insuffisante (32,7 %), ou s’était dégradée (5,7 %).
Par exemple, la mise à disposition de protections auditives s’est améliorée dans 42 % des situations. Concernant la lutte contre l’incendie, risque majeur dans les activités de soudage, les extincteurs étaient présents dans plus de 87 % des cas à l’issue de la phase 2 mais néanmoins inférieurs aux 100 % attendus conformément à la réglementation. De même, malgré son augmentation, le nombre de permis de feu délivré reste lui aussi très insuffisant.

Les éléments de prévention pris un à un ne décrivent pas chaque situation de travail et ses risques associés ; seule l’évaluation des risques propres à chaque activité de soudage permet de cerner les points critiques afin d’établir les priorités d’action.

Des pistes d’action de prévention faciles et rapides à mettre en œuvre se dégagent de l’étude du tableau 11 qui montre que des protections peuvent exister mais restent insuffisantes. Citons l’amélioration de la signalisation de la zone de travail, la prise en compte d’une alarme incendie adaptée, la réflexion sur la nécessité d’un permis de feu, le choix des équipements de protection individuelle (EPI) adaptés, le stockage et l’entretien du matériel.

Pour les deux tiers des situations de soudage occasionnel étudiées, au moins une documentation a été remise à l’entreprise (84,4 %). Il s’agissait à part égale de documents INRS et de documents élaborés par l’ACMS. Ces documents ont contribué au travail de prévention réalisé entre la phase 1 et la phase 2 dans près d’un quart des cas.

Cette étude a été conçue et réalisée en pluridisciplinarité. Les compétences respectives ont permis d’aborder les différents aspects de l’activité de soudage occasionnel par un travail d’équipe enrichissant les pratiques de chacun. Quel que soit le membre de l’équipe pluridisciplinaire inervenant, l’accueil par l’entreprise a été très favorable. La thématique abordée et la démarche en deux temps ont été appréciées.

La courte période (6 mois) entre les 2 phases a limité le facteur de confusion que pourrait constituer l’occurrence d’évolutions technologiques « spontanées » et de modifications de la réglementation. Par contre, le délai court, en particulier couvrant la période estivale, n’a pas permis d’observer la mise en œuvre de toutes les améliorations envisagées ou décidées dont nous avons eu connaissance au décours de la phase 2. Les limites de cette étude sont d’une part, le manque de puissance (47 situations appariées de soudage occasionnel) et d’autre part, l’absence d’un groupe de référence (activité principale de soudage).