Situations de Travail Isolé Occasionnelles ou Permanentes (STIOP)

Discussion

Dans la présente enquête le tiers des salariés interrogés (553/1 603 soit 34,5 %) a déclaré être en Situation de Travail Isolé Occasionnelle ou Permanente (STIOP). Nous avons appris que des informations contradictoires avaient été données à certains enquêteurs sur la nécessité de saisir des salariés déclarant ne pas être en STIOP. Il pourrait donc y avoir une erreur sur la taille du dénominateur dont nous ignorons l’ampleur. En nous référant à notre enquête préliminaire – où cette erreur de dénominateur n’a pas eu lieu – on constate que la proportion de salariés se déclarant en STIOP était similaire (33,5 %) [2]. On peut donc penser que cette erreur n’a pas eu d’incidence majeure sur le résultat de l’enquête.

A la question « Vous arrive-t-il d’être seul (e), isolé (e), sur votre lieu de travail ? », le tiers des salariés répond par l’affirmative, exprimant ainsi un sentiment d’isolement. Mais la définition de l’INRS : « travailler de façon isolée c’est réaliser seul (e) une tâche dans un environnement de travail où l’on ne peut être vu et/ou entendu directement par d’autres personnes et/ou la probabilité de visite est faible de façon occasionnelle ou permanente » est plus restrictive et concernait 7,2 % de la population active en 1998 [1]. Nous observons un pourcentage plus élevé (18,3 %).
L’étude INRS de référence portait sur la France entière, 15 ans plus tôt, et nous savons que les salariés suivis par l’ACMS en Ile-de-France (IDF) sont principalement du secteur tertiaire. Ainsi nous avons plus de 80 % de notre échantillon composé d’employés, d’agents de maîtrise et de cadres et seulement 16,5 % d’ouvriers. Il est à noter une légère prédominance masculine (65,3 %) du groupe de salariés se déclarant en STIOP par rapport à la proportion d’hommes actifs en IDF (52,5 %, INSEE 2010).

L’analyse selon le genre des STIOP « certaines » vis-à-vis des STIOP « possibles » révèle une parité hommes/femmes pour les STIOP « certaines », alors que la prédominance masculine observée pour l’ensemble de l’échantillon s’accentue très significativement (46,80 % vs 18,90 %) pour les STIOP « possibles » (voir tableau 1). Nous n’avons pas d’explication à ce constat.

Le fait que quelqu’un de l’entreprise soit informé de la STIOP est significativement plus fréquent dans les entreprises de moins de 10 salariés où tout le monde se connaît et sait qui fait quoi, par rapport aux entreprises de plus grande taille. Ceci est cohérent avec le fait que quelqu’un de l’entreprise est plus souvent informé des STIOP pour les ouvriers, employés, agents de maîtrise que pour les cadres qui sont présumés plus autonomes et peuvent parfois travailler à leur domicile.

Un protocole pour gérer les STIOP n’a été retrouvé que dans 29 % des cas. Il est présent tout autant en entreprise que hors entreprise (client, chantier...) ; en revanche il est très significativement absent lorsque la STIOP a lieu au domicile du salarié. Les dispositifs d’alarme pour travailleur isolé (DATI) n’ont été signalés que par 17,7 % des salariés mais leur présence est de manière hautement significative plus fréquente lorsqu’un protocole existe et lorsque la STIOP est quotidienne. On peut penser que la prévention est mieux organisée lorsque la STIOP est habituelle, qu’elle fait partie du métier.

Qu’elle soit dans l’entreprise ou hors entreprise, la STIOP est le plus souvent quotidienne pour les ouvriers, employés, agents de maîtrise alors qu’elle est plus souvent hebdomadaire ou mensuelle pour les cadres. On peut y voir un reflet de la division du travail en fonction de la position hiérarchique et des missions de chacun. Plus la fréquence de la STIOP est importante (quotidienne et/ou hebdomadaire versus mensuelle et moins), plus il existe une personne de l’entreprise informée et plus une conduite à tenir est connue.
Le cadre commercial itinérant rencontre des clients tous les jours et consacre une journée hebdomadaire ou mensuelle, chez lui, à la synthèse de son activité. C’est dans ce dernier contexte que l’on observe les STIOP les plus longues (57,1 % de plus de 4 heures). Paradoxalement, lorsque la STIOP est mensuelle, aucune personne de l’entreprise n’est informée dans 60 à 75 % des cas (voir tableaux 6 et 7).

Les trois quarts des salariés n’informent pas de leur arrivée et de leur départ quelle que soit la durée de leur STIOP ; il y a des progrès à faire dans ce domaine. En effet, le fait de posséder un téléphone portable n’est pas une sécurité absolue : il peut être en panne de batterie, ou sans réseau.
Les limites de cette enquête sont une puissance statistique moindre qu’attendue : il y a quelques années, les enquêtes au cabinet médical pouvaient réunir 6 000 questionnaires sur une semaine pour des sujets comme la nutrition. La pénurie de temps médical et le profil des consultations avec moins de personnes convoquées mais pour des problèmes souvent complexes, expliquent en partie la diminution du nombre de salariés interrogés et la faible représentation des salariés avec des contrats précaires. C’est pourquoi nous remercions d’autant plus les 61 enquêteurs qui ont complété les 603 questionnaires de cette étude.
Le fait que l’enquête se soit déroulée en Ile-de-France ne permet pas de couvrir toutes les professions de manière exhaustive comme les études nationales faites par l’INRS [1,3].Les points forts de cette enquête sont des résultats cohérents avec ceux de l’INRS pour les métiers où les STIOP sont évidentes (propreté, gardiennage, sécurité). De plus nos résultats ont mis en évidence des STIOP non soupçonnées, en particulier pour les cadres lorsqu’ils travaillent chez eux et pour lesquels les mesures de prévention et/ou d’alerte sont souvent inexistantes.