Situations de Travail Isolé Occasionnelles ou Permanentes (STIOP)

Jacques Alcouffe1), Estelle Le Corre2), Sandrine Combes3), Alain Guenoux3), Anne-Marie Ferreira3), Brigitte Marchal3), Elisa Zois3), Pierre-Yves Montéléon4)

1) Médecin du Travail
2) Intervenant en Prévention des Risques Professionnels
3) Secrétair(e) Médical(e)
4) Conseiller technique du Comité d’Études Épidémiologiques

ACMS : Association interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de santé au travail de la région Ile-de-France, 55, Rue Rouget de Lisle, 92158 SURESNES Cedex

Résumé

Introduction
Les situations de travail isolé, occasionnelles ou permanentes (STIOP), constituent un risque professionnel et aggravent les conséquences des accidents ou des malaises au travail. Cette étude vise à sensibiliser les équipes pluridisciplinaires, afin d’assurer la traçabilité de ce risque, actuellement sous-renseigné dans les dossiers médicaux.

Objectif
Repérage et description des STIOP.

Méthode
Enquête épidémiologique transversale sur une période d’une semaine du 18 au 22 novembre 2013, au moyen d’un questionnaire anonyme standardisé proposé à tous les salariés vus en visite médicale quel qu’en soit le motif.

Résultats
Les 61 enquêteurs ont recueilli 1 603 questionnaires. Les STIOP (« ni vus » ou ni « entendus ») étaient 303 (18,9 %), répartis entre permanentes (24,7 %) et occasionnelles (75,3 %). Il s’agissait surtout d’hommes (65,3 %) d’un âge moyen de 41 ans, travaillant dans tous les secteurs d’activité (services 17,5 %, commerce 16,8 %, santé 10,2 %…) et dans des entreprises de toutes tailles. Certains emplois exposaient d’évidence (agents de propreté, de maintenance, de sécurité…), d’autres pouvaient surprendre (directeur, hôtesse, secrétaire…). La plupart des STIOP ne sont pas prises en compte dans les plans de prévention (70,9 %) ; elles surviennent au moins une fois par semaine pour 80,6 % des salariés concernés, pour une durée moyenne de trois heures. Ces salariés dans leur quasi-totalité disposaient d’un téléphone (99,3 %) mais peu étaient équipés d’un système automatique d’alarme (17,7 %).

Conclusion
Les STIOP se retrouvent à des degrés divers dans tous les emplois et n’apparaissent pas de façon évidente. Il faut donc systématiquement les rechercher, afin de mieux prévenir les risques et d’en assurer la traçabilité dans le dossier médical.

Abstract : Occasionally or permanently isolated working conditions 

Introduction
Occasionally or permanently isolated working conditions constitute a professional hazard and may aggravate the consequences of workplace accidents or health incidents (e.g. fainting fits). This study aims to sensitise multidisciplinary teams, to ensure the traceability of this risk, which is currently underreported in medical records.

Objective
To detect and describe occasionally or permanently isolated working conditions.

Methods
We carried out a transverse epidemiological study over a one-week period, from November 18th to 22nd 2013, by asking all employees attending medical visits, for whatever reason, to complete an anonymous standardised questionnaire.

Results
The 61 investigators received 1,603 completed questionnaires. “Hidden” working conditions were identified in 303 cases (18.9%). The isolation was permanent in 24.7% of cases and occasional in 75.3%. Most of those concerned were men (65.3%), with a mean age of 41 years, working in all sectors (services, 17.5%; commerce, 16.8%, healthcare, 10.2% etc.) and in companies of all sizes. Some of the jobs concerned were self-evident (e.g. cleaners, maintenance engineers, security staff), but others were potentially more surprising (e.g. director, receptionist, secretary). Most of these isolated working conditions were not taken into account in prevention programmes (70.9%). They occurred at least once per week for 80.6% of the employees concerned, for a mean duration of three hours. Almost all these employees had access to a telephone (99.3%), but few were equipped with an automatic alarm system (17.7%).

Conclusion
Isolated working conditions occur to various degrees in all jobs, and do not occur with an obvious pattern. Instead, there is a need to check for such conditions systematically, to decrease the associated risks and to ensure the traceability of these