Connaissances des salariés à propos des services de santé au travail

Discussion

Sur le plan méthodologique, nous apportons deux remarques :

  • cette enquête était par construction, limitée au secteur étudié qui ne prétend pas refléter la population générale active d’Île-de-France suivie par l’ACMS. Le secteur géographique d’activité comprenait principalement des entreprises du secteur tertiaire dont l’effectif dépassait 200 personnes pour la moitié d’entre elles. Le niveau d’étude général était très élevé ;
  • la configuration de l’étude ne nous permettait pas d’éliminer la possibilité de doublons. Néanmoins il est très peu probable qu’un pourcentage sensible de salariés ait passé plusieurs visites en l’espace de trois mois en ayant à chaque visite rempli le même questionnaire.

Les résultats amènent plusieurs commentaires.
Les visites à la demande de l’employeur sont surreprésentées : 6% en « déclaratif » vs 1% dans les données administratives enregistrées pour les secteurs concernés durant la période de l’étude. Il peut y avoir eu confusion avec les autres motifs de visites demandées par l’entreprise.
Nous notons que près d’un quart des salariés exprime une attente particulière (conseil médical, écoute, informations professionnelles, conseil social), en dehors même de l’avis d’aptitude.
De façon concordante avec l’historique de la médecine du travail, les salariés nous connaissent majoritairement au travers des visites où ils rencontrent la secrétaire médicale puis le médecin. Un nombre important (autour d’un tiers) a également connaissance de la présence d’assistantes sociales du travail qui œuvrent au sein de l’ACMS depuis sa création, et des infirmier(e)s en poste dans les grandes entreprises. Mais nous remarquons aussi que malgré leur arrivée plus récente au sein des SST, les infirmièr(e)s en santé au travail, les intervenants en prévention des risques professionnels et les assistantes en santé travail commencent déjà à être assez bien connus des salariés de notre échantillon.
Parmi les meilleurs scores de connaissance, se détachent les possibilités d’action du médecin du travail en entreprise et lors de la visite médicale, ces missions étant les plus anciennement inscrites dans les dispositifs de santé au travail. Néanmoins, plus d’un salarié sur 10 croit encore que le médecin du travail peut prescrire un traitement et plus de 2 sur 10, un arrêt de travail. Dans ce dernier cas, il n’est pas exclus de penser que certains salariés assimilent notre avis d’inaptitude temporaire avec orientation vers le médecin traitant à la prescription d’un arrêt de travail. De même, il persiste une confusion avec des attributions réservées au corps des inspecteurs de travail ou aux institutions de justice : établissement d’un procès verbal d’infraction, opposition à un licenciement.
Nous retrouvons également une ambiguïté concernant les connaissances sur la transmission du dossier médical : malgré un niveau global tout à fait honorable (score de 66%), près d’un salarié sur 5 pense que le dossier médical est transmissible à l’employeur. S’agit-il d’une méconnaissance vraie, ou d’un défaut de confiance ? Sur ce point à propos duquel on ne peut déontologiquement et légalement transiger, il est crucial d’apporter une meilleure information aux salariés.

L’analyse multi-variée montre que la connaissance des salariés sur les possibilités d’action du médecin du travail lors de la visite médicale et en entreprise est essentiellement liée à l’expérience pratique qu’ils en ont au travers de la répétition des visites médicales. Par ailleurs, les attentes sont nettement corrélées au motif de la visite du jour, dans le sens d’une plus grande fréquence lorsqu’il s’agit de visites autres que la visite systématique. Nous n’avons pas retrouvé de différences de niveau de connaissance selon la taille de l’entreprise. On aurait pu supposer une meilleure information dans les grandes entreprises possédant des structures de relais (direction des ressources humaines, représentants du personnel, ….), mais il apparaît que les facteurs jouant un rôle essentiel sont, selon toute logique, l’expérience acquise au cours du temps et les besoins immédiatement liés à la situation de santé au travail.