A propos de situations urgentes en Santé au Travail

Fabrice Locher(1), Mathieu Chauvet(2), Michèle Ciotta(3), Julie Colin(3), Catherine Écabert(4), Pierre-Yves Montéléon(5), Victoria Mora(1), Magali Noyé(6), Marie-Laure Sanchez(1)

Médecin du travail(1), technicien HSE(2), assistante sociale(3), infirmière santé travail(4), épidémiologiste(5), secrétaire médicale(6). Association interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de santé au travail de la région Île-de-france (ACMS).

ACMS, 55 rue Rouget de Lisle - 92158 Suresnes Cedex

www.acms.asso.fr

Cette enquête a fait l’objet d’une communication orale lors du 34ème Congrès National de Médecine et Santé au Travail, Paris, 21-24 juin 2016

Résumé

Introduction

Nous avons qualifié d’« urgentes » les situations justifiant la réalisation, dans un délai très court, d’un acte dont l’absence de mise en œuvre aurait eu immanquablement des conséquences graves. Ce qui fonde le caractère urgent d’une situation est bien le risque inhérent à l’absence de réactivité ou à un délai trop long de mise en place d’une action correctrice, impliquant alors la notion de perte de chance.

Objectif

A partir d’indicateurs, effectuer un repérage des situations nécessitant une réponse urgente et de leurs conséquences sur le travail des équipes pluridisciplinaires.

Méthode

Enquête descriptive transversale par questionnaire anonyme standardisé auprès des personnels de santé de l’ACMS.

Résultats

Au premier semestre 2015, 218 questionnaires ont été recueillis et analysés.

Les situations urgentes ont été identifiées par l’équipe santé travail dans 53,7 % des cas et par l’entreprise ou ses salariés dans 45,9 % des cas. La demande de rendez-vous est motivée dans 30,2 % des situations par une urgence médicale et dans 22,2 % par une urgence psychologique.

Les situations urgentes « psychologique (individuelle) » (32,1 %), « médicale » (26,6 %) et « psychosociale (collective) » (13,3 %) étaient les plus fréquentes. Mais la part des signalements de danger grave et imminent en milieu de travail (11,9%) était loin d’être anecdotique.

L’équipe santé travail a été informée majoritairement de la situation urgente par un appel téléphonique (39,8%).

Le délai d’intervention était le plus souvent de quelques minutes (71,6%). Le temps consacré à traiter la situation était très variable, se répartissant de façon homogène entre moins de 30 minutes et une demi-journée. Dans près d’un quart des cas (23,4%), le suivi ultérieur immédiat de l’urgence a dépassé une journée. Une fois sur dix (8,2%), le professionnel a dû modifier complètement le déroulé de sa journée de travail. Plus d’une fois sur deux (54,6%), la situation urgente a mobilisé au moins un autre professionnel de l’équipe. Des personnes extérieures au service de santé ont été sollicitées près d’une fois sur trois (30,7%).

Discussion

La notion « d’urgence » s’entend bien au-delà de la prise en charge immédiate d’une urgence médicale et de l’organisation des secours. Tous les professionnels des services de santé au travail sont concernés. Cette étude ponctuelle questionne l’organisation du fonctionnement des équipes et l’adaptation de leurs pratiques professionnelles. Elle s’inscrit dans notre projet de service.

Conclusion

Même si les situations urgentes ne constituent pas leur cœur de métier, nos équipes y sont confrontées et participent ainsi à la responsabilité sociale du service de santé au travail.

Abstract : Health situations requiring urgent attention in the workplace  

Introduction

We defined as "urgent" any situation requiring a rapid intervention, the absence of which would inevitably have serious consequences. The urgency of a situation results from the inherent risks associated with a lack of reactivity or delayed corrective action, resulting in a missed opportunity to deal with the emergency effectively.

Objective

To use indicators to identify situations requiring an urgent response and their impact on the work of multidisciplinary teams.

Method

Descriptive cross-sectional survey of ACMS healthcare personnel, based on a standardized anonymous questionnaire.

Results

In the first half of 2015, we collected and analyzed 218 completed questionnaires. Situations requiring urgent attention were identified by the occupational health team in 53.7% of cases, and by the company or its employees in 45.9% of cases. Appointments were requested for urgent medical conditions in 30.2% of cases and for urgent psychological conditions in 22.2% of cases. The most frequently identified situations requiring urgent attention were “psychological (individual)” (32.1%), “medical” (26.9%), and “psychosocial (collective)” (13.3%). The proportion of reports of serious imminent danger in the workplace was far from negligible (11.9%). The occupational health team was most frequently informed about the urgent situation by telephone (39.8%). The response time was generally a few minutes (71.6%). Time spent dealing with the situation was highly variable, with an even distribution between interventions lasting less than 30 minutes and interventions taking half a day. The immediate subsequent monitoring of the emergency lasted more than one day in almost a quarter (23.4%) of cases. In almost one in ten cases (8.2%), the working day of the occupational health professional had to be completely reorganized. In more than half the cases (54.6%), at least one other member of the same team was called upon to help manage the urgent situation. Assistance from people outside of the occupational health team was sought in almost one third of cases (30.7%)

Discussion

The notion of "urgency" extends well beyond the immediate management of the medical emergency and the organization of assistance. It concerns all professionals working in occupational health services. This instantaneous study raises questions about the functional organization of teams and the adaption of their professional practices, in line with our service mission.

Conclusion

Dealing with urgent situations is not the core function of our teams, but we are nevertheless confronted by such situations and a satisfactory response is a key element of the social responsibility of occupational health services.