Effets des drogues et de l’alcool sur les organes de la sphère O.R.L. et les répercussions possibles en santé au travail

Effets de la cocaïne sur la sphère O.R.L.

Trois voies d’administration de la cocaïne concernent la sphère O.R.L. :

  • la voie orale : les feuilles de coca sont additionnées de chaux et roulées en une boule gardée dans la bouche ;
  • la voie nasale : la poudre est aspirée dans chaque narine à l’aide d’une paille ;
  • La voie pulmonaire : la cocaïne est mélangée à une solution de bicarbonate de soude ; après évaporation de l’eau, il se forme des cristaux qui s’agglomèrent (les rocks). On parle alors de crack qui est fumé dans une pipe en verre.

Effets de la cocaïne sur les voies nasales

Les dommages aux structures osseuses et cartilagineuses du nez ont été pendant des années, la complication unique rapportée parmi les usagers. Seule la cocaïne était décrite comme dangereuse pour la sphère ORL et actuellement, la perforation de la cloison nasale reste la complication la plus observée chez ces consommateurs, même si la littérature commence à décrire des cas de lésions de l’appareil auditif et du larynx [5].

La voie préférentielle pour son absorption reste la voie endonasale (sniffing). La prise régulière de cocaïne est susceptible de provoquer des lésions de la muqueuse des cavités nasales, initialement discrètes telles que l’œdème et l’hypertrophie de la muqueuse, suivies de rhinites croûteuses, associés à des lésions hémorragiques accompagnées de surinfections. Cependant, si son usage perdure, le dommage à la muqueuse s’étend progressivement au périchondre (tissu conjonctif entourant le cartilage) de la cloison nasale, induisant une nécrose ischémique du cartilage du septum et sa perforation. Cette dernière représente l’événement le plus fréquent et l’incidence a été estimée autour de 4,8% des usagers de cocaïne. Parfois, les lésions induites par la cocaïne se caractérisent par une large destruction des structures ostéo-cartilagineuses du nez, des sinus paranasaux et du palais, en mutilant les structures extérieures et internes de la face. La symptomatologie nasale reflète l’évolution des lésions déjà décrites : une obstruction nasale initiale, puis l’apparition de croûtes endonasales, d’un épistaxis, parfois de céphalées et la diminution de l’odorat (hyposmie). A un stade avancé, apparaissent des lésions dévastatrices avec des dommages esthétiques et fonctionnels de la pyramide nasale (destruction de la columelle, collapsus de la pyramide nasale, perforation de la voûte du palais, etc). Les dommages causés par la cocaïne ont une origine multifactorielle. L’effet vasoconstricteur de la substance semble être toutefois l’élément pathogène le plus important. Il faut compter aussi avec :

  • les produits contrefaits,
  • l’effet traumatique sur la muqueuse induit par des cristaux inhalés rapidement,
  • les infections récurrentes.

Tous ces éléments contribuent à la destruction progressive des tissus. Il est supposé en outre, que l’apoptose (ou mort cellulaire programmée), induite par une prise de cocaïne atteignant les cellules de la muqueuse nasale, soit un des mécanismes principaux qui intervienne dans le développement des lésions destructrices.

Effets de la cocaïne sur l’oreille

La littérature la plus récente a identifié en particulier trois lésions possibles de l’oreille :

  1. les potentielles lésions toxiques de l’exposition prénatale sur l’appareil auditif,
  2. la survenue d’une perte auditive brusque après prise de cocaïne associée à l’héroïne (speedball) et enfin,
  3. la récente épidémie de lésions cutanées ulcéro-nécrotiques ou nécrotiques du pavillon auriculaire, rapportée aux États-Unis et en lien avec la dilution de la cocaïne dans une substance à usage vétérinaire : la lévamisole.

Effets de la cocaïne sur la cavité buccale

Les effets de la cocaïne sur la cavité buccale varient selon la voie d’administration [6].
En cas d’inhalation nasale, on peut retrouver au-delà de la perforation du septum nasal, des rétractions et ulcérations ischémiques du palais allant jusqu’à l’ulcération, voire l’apparition d’une fistule bucco-nasale.
La prise orale par frottement de la boulette de cocaïne sur les gencives occasionne, outre l’apparition de douleurs aiguës, des inflammations gingivales graves, des ulcérations des muqueuses, des rétractions gingivales importantes et des érosions dentaires. L’apparition de lésions « blanches » au niveau de la gencive vestibulaire a aussi été décrite.
Le crack, qui est fumé, provoque l’apparition de vésicules, ulcères et rhagades au niveau des lèvres et des muqueuses orales [7].

Effets de la cocaïne sur le larynx

Au niveau laryngé, les lésions observées sont liées à l’usage du crack. Il s’agit d’œdèmes aigus et de brûlures laryngées localisés en particulier dans la région supraglottique [8].