Promotion de la santé sur le lieu de travail : apport du service de santé au travail dans la prévention du risque vibrations transmises au corps entier en logistique

Régine Codron1, Victoria Mora1, Mathieu Chauvet2, Sylvie Fouchy3, Julie Rayer3, Patrice Vincent4

Association interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de Santé au travail en région Île-de-France (ACMS), 55 rue Rouget de Lisle – 92158 Suresnes Cedex, France www.acms.asso.fr
regine.codron@acms.asso.fr
(1) médecin du travail
(2) technicien hygiène sécurité environnement
(3) assistant technique en santé au travail
(4) infirmier en santé au travail

Ce diaporama a été présenté lors d’une communication orale en langue anglaise, au congrès « Wellbeing at work in a changing world : challenges and opportunities » qui s’est tenu du 22 au 24 mai 2019, à Issy-les-Moulineaux, France.

Résumé

Une équipe médicale et technique de l’ACMS s’est intéressée au risque vibrations transmises au corps entier (VCE) dans le secteur de la logistique, à l’origine d’effets sur la santé pour les conducteurs d’engins autoportés.
Examinons les différentes étapes qui ont permis aux professionnels de santé au travail d’accompagner les employés et leurs entreprises dans leur obligation de prévention.

Dans un premier temps, entre 2012 et 2016, des données ont été collectées auprès de 15 entreprises de logistique pour 72 engins motorisés (39 transpalettes à conducteur portés et 33 chariots élévateurs). Les mesures de VCE ont été effectuées à l’aide d’accéléromètres tri-axiaux pendant 15 à 40 minutes rapportées à une période de référence de huit heures.
La directive 2002/44 / CE et le décret français n°2005-746 classifient les expositions en fonction de l’exposition quotidienne avec une valeur limite d’exposition de 1,15 m/s² et une valeur déclenchant l’action de prévention fixée à 0,5 m/s².
4 mesures se situaient au-dessus de 1,15 m/s² (conducteurs debout uniquement), 32 mesures entre 0,5 et 1,15 m/s² et 36 mesures en dessous de 0,5 m/s². Ainsi, la moitié des mesures étaient au-dessus du seuil déclenchant l’action de prévention, à répartition égale entre les chariots élévateurs et les transpalettes à conducteur porté, essentiellement lors des activités de chargement ou de déchargement. L’axe de la vibration responsable du risque est vertical.

Dans un second temps, les résultats ont été expliqués dans chaque entreprise. Nos recommandations ont porté sur quatre axes afin d’établir un plan d’action de prévention : l’équipement, l’environnement de travail, l’organisation du travail et l’attitude du conducteur.

Dans un troisième temps, en 2017, nous sommes retournés dans ces entrepôts pour suivre la gestion du risque VCE au moyen de questionnaires anonymes auto-administrés et de questionnaires employeurs. La centaine de questionnaires employés montre que si les employés savent comment signaler les anomalies de matériel, ils ne connaissent pas les conséquences des VCE sur la santé. Les questionnaires employeurs montrent que les actions réalisées sont principalement : le remplacement des équipements obsolètes, la maintenance préventive et la réduction de la vitesse.
La maintenance des sols, des quais et de l’éclairage est suivie.
Cependant, des efforts dans l’organisation du travail et dans la sensibilisation aux VCE restent à déployer.

Dans un quatrième temps, ces résultats ont été discutés avec les employeurs et leurs salariés, conduisant à la mise en place d’un nouveau plan d’actions de prévention et à la mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels.
Pour répondre aux besoins de l’employeur en matière d’information / formation de son personnel, l’équipe ACMS a construit un module de prévention spécifique.

Dans un cinquième temps, en 2018, ce module est proposé aux entreprises. Il comprend une partie théorique et des ateliers pratiques : réglage du siège, conduite adaptée, prise en compte de l’environnement de travail, comparaison d’une conduite précipitée avec à une conduite sans hâte, concrétisée par des mesures en direct et débriefing avec les employés et leur encadrement.
Cette initiative pilotée par le service de santé au travail a été bien acceptée, car non vécue par l’employeur comme un contrôle de son action ou par les salariés comme un rappel de consignes. Les résultats des questionnaires de satisfaction montrent que 92% des employés déclarent que la formation répond à leurs attentes, apporte une meilleure compréhension du sujet, de nouvelles connaissances et des conseils de prévention. L’équipe de santé au travail qui connaît les lieux de travail et possède l’expertise pour une approche globale VCE dans les entreprises, contribue à l’appropriation d’une culture de prévention à la fois par les employeurs et les salariés.

Ce module spécifique permet à chacun de devenir acteur de sa santé et de sa sécurité. Cette approche de la promotion du bien-être et de la santé a vocation à être déployée dans d’autres secteurs d’activité et pour d’autres risques professionnels.

Abstract : Workplace health promotion : support of an occupational health service to logistics companies in prevention of whole body vibration risk. 

A medical and technical team from the ACMS company has a particular interest in Whole Body Vibration (WBV) in logistics which may cause health effects for motorised drivers. Let’s consider the different steps that allow the health occupational service to support employees and their companies through their prevention approach.

Firstly, between 2012 and 2016, data were collected from 15 logistics companies and 72 motorised trucks (39 lift pallets and 33 forklift trucks). Using tri-axial accelorometers, measurements were made from 15 to 40 minutes standardised to an eight-hour reference period.
The directive 2002/44/EC and french decree 2005-746 classifie exposures according to daily action exposure : limit value 1,15 m/s². and the value triggering the prevention process 0,5 m/s².
Results were : above 1,15 m/s². 4 measures (only standing drivers), between 0,5 and 1,15 m/s². 32 measures and below 0,5 m/s². 36 measures.Therefore, half of the measurements were above the threshold, spread evenly between forklift and standing trucks mostly during unloading or loading activities. Vertical axis was fully responsible for the risk.

Secondly, the results were explained in each company. Our recommendations focused on 4 areas : equipment, working environment, working organisation, driver behaviour and setting an action plan.

Thirdly, in 2017, we returned to those warehouses monitoring risk management WBV via anonymous self-administered questionnaires and employers questionnaires. The hundred employees questionnaires show that if employees know how to report hardware anomalies, they are not familiar with the health’s consequences of WBV. The employers questionnaire report that actions are mostly carried out : replacement of obsolete equipment, preventive maintenance and speed reduction. Maintenance of floors, platforms and lighting is monitored. Work organisation and efforts to raise awareness on WBV has to be deployed.

Fourthly, the analysis was discussed with employers and employees. It led to the development of a new prevention action plan with an update of the occupational risk assessment document.
In order to meet the employer’s needs in information/training of his staff, the ACMS team built a specific prevention module.

Fifthly, in 2018 this module is offered to companies. It consists of theoretical and practical parts with seat adjustment, adapted driving, taking into account of the working environment, rushed driving compared to unhurried driving objectified by live measurements and debriefing with employees and their management.
This initiative led by the health service is well accepted because not experienced by the employer as control of its action or by the employees as remind of instructions.
As shown by the results of the satisfaction questionnaires, 92% of employees state that the training meet their expectations, a better understanding of the subject, new knowledge, prevention advice.
The team, which knows the workplaces and has the expertise for a global approach to WBV in companies, contributes to the appropriation of a prevention culture by both employers and employees.

This specific module allows everyone to become the key player in their own health and safety.
This wellbeing and health promotion approach is intended to be deployed in other sectors and for other occupational risks.

References

[1] International Labour Organization. (2001). Guidelines on occupational safety and health management systems. Available at
http://www.ilo.org/safework/info/standardsand-instruments/WCMS_107727/lang-en/index.htm

[2] Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. (2012). La conduite sans les secousses (Publication n°ED 1372). Available at http://www.inrs.fr/media.html?refIN...

[3] De Ridder, M. (2016). Analyse des risques liés à l’exposition aux vibrations mécaniques.
Prevent focus, 3, 4-6.