Exposition aux radiations et mortalité chez les travailleurs du nucléaire en France

M. TELLE-LAMBERTON

Cette étude porte sur une cohorte élargie CEA (1)-Cogema (2), constituée de près de 30 000 personnes ayant travaillé plus d’un an pour l’un ou l’autre de ces employeurs entre 1950 et 1994. L’exposition cumulée aux rayons X et gamma de chaque individu a été reconstituée à partir des données dosimétriques (archivées depuis 1956) et les employeurs ont fourni les informations sur les parcours professionnels des employés, leur catégorie socioprofessionnelle et leur statut au jour de la fin de l’étude. Il s’agit essentiellement d’hommes (78,7 %) ; la durée moyenne du suivi est de 17,8 % et celle de la surveillance dosimétrique est de 14,5 %. La dose de radiation cumulée était en moyenne de 8,3 millisieverts (mSv) : 51 % de la population avait reçu une dose inférieure au seuil de détection, 34 % une dose inférieure à 10 mSv, 13 % une dose supérieure à 100 mSv. La mortalité observée dans la cohorte est inférieure de 41 % à la mortalité attendue selon les statistiques nationales. Les ratios de mortalité sont particulièrement bas pour les cancers liés au tabac et à l’alcool. Ces résultats suggèrent un comportement plus sain des travailleurs de ces deux entreprises. Parmi les 21 localisations de cancer étudiées, un excès de risque significatif n’est retrouvé que pour le mélanome, dont 16 sujets de la cohorte sont décédés. Un excès de risque frôlant le seuil de significativité est observé pour le myélome multiple. Des ratios supérieurs à 1 mais non significatifs sont notés pour le cancer de la plèvre et la maladie de Hodgkin. Le risque de leucémie n’apparaît ni augmenté ni diminué par rapport à la population générale. L’analyse retrouve une relation dose-effet significative pour la leucémie, après exclusion des cas de leucémie lymphoïde chronique.

Une relation dose-effet significative existe également pour les cancers liés au tabac. Il existe une relation dose-effet frôlant le seuil de significativité pour tout cancer.

(1) Commissariat à l’énergie atomique (2) Compagnie générale des matières nucléaires rayonnement ionisant

(publié le 9 décembre 2008)