Gravité de la maladie, expérience alléguée de discrimination sur le lieu de travail et de perte d’emploi durant l’évolution d’une infection chronique par le VIH : différences selon le sexe et le niveau d’études

Disease severity, self-reported experience of workplace discrimination and employment loss during the course of chronicHIV disease : differences according to gender and education. R. DRAY-SPIRA, A. GUEGUEN, F. LERT, le groupe d’étude VESPA Occupational and Environmental Medicine, 2008, vol. 65, n° 2, p. 112-119. - Bibliographie

La preuve de l’existence d’un effet nocif des maladies chroniques sur le statut professionnel a été fournie. Bien que cet effet d’une maladie chronique sur l’emploi ait été signalé être supérieur dans les groupes ayant la position la plus basse sur le marché du travail, les mécanismes de telles inégalités sont mal compris. La présente enquête avait pour but d’explorer les inégalités sociales dans les chances de maintien dans l’emploi durant l’évolution d’une infection par le VIH et d’étudier les corrélations de telles inégalités.

Les auteurs ont utilisé les données issues d’un échantillon national représentatif de personnes vivant en France avec le VIH (enquête ANRS - EN 12-VESPA). Des informations rétrospectives sur la trajectoire sociale et les caractéristiques de la maladie depuis l’époque du diagnostic de VIH étaient disponibles. Le risque de la perte d’emploi associée avec des indicateurs de gravité de la maladie et la discrimination sur le lieu de travail liée au VIH ont été analysés au cours du temps depuis le diagnostic de VIH selon des facteurs socio-démographiques et professionnels, au moyen de modèles de risques proportionnels de Cox.

Parmi les 478 participants en âge de travailler diagnostiqués comme étant infectés par le VIH dans l’ère des multi-thérapies et employés à l’époque du diagnostic de VIH, 149 avaient perdu leur emploi. Après ajustement par les facteurs socio-démographiques et professionnels, la gravité de la maladie et la discrimination au travail alléguée en rapport avec le VIH, le risque de la perte d’emploi était significativement associé d’une manière différenciée socialement : l’infection avancée par le VIH était associée avec un risque augmenté de perte d’emploi chez les femmes (HR 4,45 ; IC 95 % 2,10 à 9,43) mais pas chez les hommes ; l’expérience alléguée de discrimination au travail liée au VIH était associée avec un risque augmenté de perte d’emploi chez les sujets ayant un niveau d’études primaire/ secondaire (HR 8,85 ; IC 95 % 3,68 à 21,30) mais pas chez ceux ayant un niveau d’études plus élevé.

En conclusion, l’infection chronique par le VIH affecte les chances de se maintenir dans l’emploi d’une manière différenciée socialement, contribuant à augmenter les inégalités par rapport à l’emploi. La gravité de la maladie et la discrimination au travail liée au VIH, qui affectent particulièrement le statut vis-à-vis de l’emploi des plus désavantagés sur le plan socio-économique, peuvent jouer un rôle majeur.

(publié le 3 décembre 2008)