DOSSIER BRUIT. Prendre conscience de son impact sanitaire

D. HOUSSIN, J. CARMES, N. GRÉNETIER Le Concours Médical. - 2008. - vol. 130. - n° 5. - Pages 247-262

Pour l’opinion publique, le bruit est perçu davantage comme un élément nuisant à une bonne qualité de vie que comme un problème de santé lié à l’environnement. Pourtant les effets sanitaires du bruit sont nombreux : effets auditifs, effets physiologiques extra-auditifs (sur le sommeil, le système cardio-vasculaire et notamment la tension), effets subjectifs (gêne) et comportementaux (agressivité, baisse de l’intérêt à l’égard d’autrui, stress, majoration du risque d’accident du travail, détérioration de la performance dans les tâches cognitives). L’exposition des travailleuses enceintes à des niveaux sonores élevés peut avoir des conséquences sur les capacités auditives de l’enfant à naitre (notamment aux basses fréquences). D’après les résultats de la dernière enquête SUMER 2002-2003, plus de trois millions de salariés sont exposés à un niveau sonore supérieur à 85 dB(A), les expositions de longue durée touchant près de 7 % des salariés. L’ouïe est en danger à partir de 80 dB(A) pour une durée de travail de 8 h/jour, 5 jours par semaine, à partir de 85 dB(A) pour une exposition de plus de 20 h par semaine et à partir de 130 dB(A) pour une exposition, même courte. La prévention s’impose et suppose la démarche suivante : éviter les risques, évaluer les risques qui ne peuvent être évités, combattre les risques à la source, agir sur les conditions et l’organisation du travail, (diminuer la durée d’exposition), réduire la propagation du bruit, former et informer les salariés sur les risques et leur prévention, prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle. La réglementation s’articule autour de trois principaux axes : agir sur l’environnement de travail, évaluer les risques, protéger les travailleurs exposés. Il faut aussi tenir compte des expositions extra professionnelles et les expositions au bruit sont très présentes dans les loisirs. Le risque de perte auditive est élevé avec les concerts de rock et les utilisations d’un baladeur plus d’une fois par jour surtout chez les sujets ayant eu des otites et des traumatismes crâniens. Une réglementation existe sur le volume sonore : limitation de la puissance des baladeurs, limitation du niveau moyen à 105 décibels dans les établissements diffusant de la musique amplifiée à titre habituel.

Mais le plus important reste la sensibilisation du public quant à la notion de « dose de son » reçue par l’organisme, c’est-à-dire un volume sonore associé à une durée d’exposition.

(publié le 4 décembre 2008)