Manutention des éboueurs : de l’observation à la formation

Prevent Focus. - 2008. - N° 5. - Pages 18-22
Afin de repérer les stratégies de manutention observées lors des collectes d’ordures, une étude a été menée sur 13 éboueurs répartis en trois groupes selon leur ancienneté (moins de 2 ans, de 3 à 10 ans et plus de 10 ans). L’étude a été menée par un ergonome (expérimenté en matière d’observation d’activités de manutention) qui a effectué les observations en trois temps : en fonction des caractéristiques des conditions de manutention, en fonction des stratégies globales de manutention et en fonction des modes opératoires. Les conditions de manutention sont éminemment variables mais dans un tiers des cas, la chaussée est glissante, la trémie n’est pas orientée vers les ordures ménagères ou en est éloignée. La majorité des ordures se présente sous forme de sacs, et un sur 10 est une charge lourde. Les incidents les plus fréquents sont les lancers manqués qui manquent la cible, les sacs qui se déchirent et les pertes d’équilibre. En ce qui concerne la stratégie globale de manutention, l’observation montre qu’il n’y a pas de manière de faire uniforme. Il apparaît que les plus expérimentés lancent plus les sacs q’ils ne les transportent par rapport aux moins expérimentés qui portent plus souvent les sacs. Il existe aussi diverses manières de lancer le sac. C’est « le lancer revers effectué à deux mains » qui est le plus courant. L’observateur constate que les éboueurs utilisent rarement la méthode sécuritaire enseignée dans les formations traditionnelles, notamment les plus expérimentés parce que les techniques sont alors trop statiques. Naturellement, les éboueurs utilisent une technique plus dynamique qui leur assure un passage harmonieux entre la phase de prise et de soulèvement sans trop d’interruption. Le lancer leur semble la voie la plus facile (économie de pas, donc moins de fatigue et moins de risque de se cogner et/ou de trébucher sur des obstacles environnants, réduction de la durée des efforts) tout en restant très efficient. Cette technique leur permet de maintenir le rythme qui concilie préservation de soi et enjeu de production. Il semble donc qu’il n’existe pas « une » bonne technique et les formations actuelles qui enseignent des techniques issues d’études effectuées en laboratoire, dans des situations exemptes d’imprévus, d’incidents et de fatigue ne sont donc pas appropriées. Il paraît plus judicieux « d’apprendre aux nouveaux éboueurs à analyser leur environnement » et à adapter leurs façons de manipuler les charges en fonction de la situation.
(publié le 5 février 2009)