Travailler au-delà de 48 heures par semaine

F.X. DEVETTER Travail et Emploi, 2008, n° 114, p. 59- 70. - Bibliographie

Malgré la réglementation, les très longues durées de travail ou TLD (plus de 48 heures par semaine) n’ont pas disparu en France. Elles concernent 9 % des salariés et 14 % des actifs occupés. Les inégalités du temps de travail se sont creusées principalement durant les années 1990, opposant les indépendants et les cadres d’un côté et les autres salariés de l’autre. Les TLD se composent de trois groupes quantitativement comparables au sein des actifs occupés : 39 % sont agriculteurs, commerçants artisans ou chefs d’entreprises, 30 % sont cadres et 31 % sont salariés non cadres. Cet article vise prioritairement les salariés du secteur privé (salariés cadres et non cadres). Les TLD sont deux fois plus fréquentes chez les hommes mais les femmes représentent encore 27 % des salariés TLD. Le fait d’être en couple est davantage associé aux très longs horaires surtout si le conjoint ne travaille pas, mais pour autant près des deux tiers des salariés TLD sont dans un ménage de deux actifs. Les tranches d’âge plus élevées sont associés à une plus grande probabilité d’effectuer des temps de travail très longs. Mais l’âge est lui-même corrélé à d’autres facteurs favorisant les longs horaires (encadrement, responsabilités, etc.). Il semble que les longues durées soient un peu plus fréquentes au sein des établissements de faible effectif. En ce qui concerne les catégories socioprofessionnelles, le poids des cadres demeure prédominant mais ces derniers sont accompagnés des professions intermédiaires d’entreprises ainsi que des employés des services aux particuliers. Au sein des professions intermédiaires, ce sont les professions commerciales qui prédominent ; parmi les employés et ouvriers, les TLD prédominent dans les emplois familiaux (assistants maternels et aides à domicile), les serveurs, les gendarmes et pompiers et les chauffeurs. Au sein des cadres et des professions intermédiaires d’entreprises, les longues semaines touchent la moitié des cadres de la grande distribution, de l’hôtellerie ou des industries des métaux. Dans ces métiers, les longues durées apparaissent comme fréquentes et légitimes. Deux facteurs principaux ont une influence : la fonction occupée (de recherche ou d’étude dans 21 % des cas mais fonction commerciale dans 27 % des cas), et le rôle d’encadrement.

Il semble qu’en contrepartie de ces TLD, les cadres bénéficient de rémunérations plus importantes, de perspectives de promotion, d’autonomie et de maîtrise du temps de travail.

La situation est différente en ce qui concerne les employés et ouvriers. Et dans cette catégorie socioprofessionnelle, les TLD se concentrent dans les domaines des transports, de l’hôtellerie-restauration et des emplois familiaux. Néanmoins les salaires malgré les TLD restent faibles dans ces emplois probablement parce que le revenu habituel dans ces professions est maigre. Alors, effectuer des longs temps de travail serait un moyen de lutter contre la pauvreté. A la faiblesse de ces contreparties financières, s’ajoutent l’absence de perspectives de carrières, des contraintes temporelles très lourdes, et une autonomie très réduite. Dans un certain nombre d’emplois, s’ajoute la notion d’heures d’équivalence moins rétribuées car correspondant à des périodes d’inactivité ou de moindre activité. Les métiers les plus touchés se caractérisent par un niveau de formation initiale très faible et surtout l’absence de marchés internes aux entreprises et à la profession. Les secteurs concernés sont peu syndiqués et les salariés sont souvent isolés par rapport à leurs collègues. Le maintien de ces TLD semble correspondre en France, à deux grandes logiques : « une logique d’investissement professionnel important en partie choisi et permettant d’atteindre des positions relativement privilégiées » et « des longues durées bien moins maîtrisées et supportées par des professions bénéficiant de salaires horaires très faibles ».

(publié le 30 janvier 2009)