Dépressions de l’adulte

F. ROUILLON La Revue du Praticien. - 2008. - Vol. 58. - N° 4.
- Pages 359-408. - Bibliographie

Une importante monographie est présentée sur le thème des dépressions de l’adulte. La prévalence globale des troubles dépressifs dans le monde (épisodes dépressifs majeurs et troubles dysthymiques) est d’environ 9 %. Ces troubles sont responsables de deux tiers des décès annuels.

L’impact socio-économique est considérable (perte de productivité, consommation de soins inadéquate par multiplication d’examens paracliniques et de traitements symptomatiques de la sémiologie somatique dépressive non diagnostiquée comme telle, et haut degré d’incapacité sociofamiliale et socioprofessionnelle). La dépression est en augmentation dans les cohortes d’après-guerre et on assiste à un rajeunissement progressif de son âge de début. La France est le pays où la consommation d’antidépresseurs et la plus importante d’Europe tandis que la morbidité dépressive semble également la plus élevée et que le taux de suicide est parmi les plus importants. Outre les caractéristiques socio-démographiques, les troubles dépressifs résultent de nombreux facteurs : biologiques, somatiques, psycho-pathologiques ou addictologiques. Le retard au diagnostic est un facteur de mauvais pronostic. Le diagnostic est clinique et repose sur la mise en évidence d’un certain nombre de signes dont la tristesse, le ralentissement et l’anhédonie (perte de la capacité à éprouver du plaisir). Des symptômes somatiques sont souvent associés ; l’insomnie est fréquente. La présence d’un sentiment de honte, d’autodépréciation, de culpabilité, d’incurabilité font craindre un passage à l’acte suicidaire dont l’intention doit être systématiquement examinée. Un trouble de la personnalité doit être recherché car il est fréquemment associé à la dépression. Sa prise en compte est utile pour améliorer l’observance du traitement. Il y a une tendance à obtenir de moins bons résultats en psychothérapie lorsqu’il existe un trouble de la personnalité associée.

La dépression est sans doute l’un des troubles mentaux les plus riches en symptômes organiques tandis que les patients ayant des pathologies somatiques ont davantage de troubles psychiatriques. Tout cela pouvant masquer le trouble de l’humeur ou pouvant faire méconnaître l’existence d’une pathologie physique associée.

Quand la dépression accompagne une pathologie somatique, les deux affections sont à l’origine de complications réciproques avec parallèlement aggravation du pronostic médical et majoration de la gravité des troubles dépressifs.

Chez la personne de plus de 65 ans, la prévalence de la dépression est d’environ 1 %. Aujourd’hui on estime que 60 à 70 % des états dépressifs des personnes âgées sont négligés, méconnus ou mal traités, en particulier chez les personnes très âgées. Il peut s’agir de dépression masquée, de dépression hostile, de dépression avec troubles exécutifs, de dépression avec caractéristiques psychotiques, de dépression inaugurale de la démence ou de dépression tardive accompagnant des maladies somatiques. De nombreux antidépresseurs ont à la fois une indication dans les états dépressifs majeurs et dans la plupart des troubles anxieux. Toutes les recommandations internationales suggèrent de prolonger au moins 6 mois le traitement d’un épisode dépressif majeur pour éviter le risque de rechute, risque accru par la persistance de symptômes dépressifs résiduels après plusieurs semaines de traitement. Après plusieurs récidives, en fonction de leur fréquence et de leur gravité, un traitement préventif à long terme par un antidépresseur peut être envisagé dans le but d’éviter les conséquences négatives liées à la survenue d’épisodes dépressifs répétés.

(publié le 9 décembre 2008)