Le voyageur infecté par le VIH. Risques infectieux et prévention

C. COUZIGOU, A.M. TABURET, C. VOYER, P. BOURÉE, D. VITTECOQ La Presse Médicale. - 2008. - Vol. 37. - N° 3. - Pages 490-499. - Bibliographie
Les personnes infectées par le VIH voyagent fréquemment en zone tropicale. Une étude canadienne montre que 45,9 % des 290 personnes incluses avaient effectué un voyage international dans les 5 ans. Les voyageurs infectés par le VIH semblent exposés aux mêmes risques que les voyageurs immunocompétents ; cependant le risque infectieux est plus élevé du fait de l’immunodépression, mais aussi du fait des comportements à risque et les complications sont plus sévères. La diarrhée est le problème de santé le plus fréquemment rapporté en zone tropicale chez le voyageur infecté par le VIH. Le risque d’infection tuberculeuse est plus important. Si les mycoses endémiques sont rares, elles sont cependant une cause d’infection opportuniste. L’incidence du paludisme est plus élevée et l’accès palustre est plus grave. En ce qui concerne les IST (infections sexuellement transmissibles), seuls 58,1 % des voyageurs infectés par le VIH utilisent des préservatifs, le risque est alors grand de se surinfecter avec d’autres agents infectieux, un virus VIH multirésistant ou avec une autre souche de virus. Près d’un tiers des sujets suspend le traitement antirétroviral pendant le voyage ce qui expose au risque d’échec immunovirologique. Les maladies qui peuvent être prévenues par la vaccination comme la typhoïde, les infections à pneumocoque, à méningocoque, à Haemophilus, l’hépatite A ou l’hépatite B, la rougeole sont plus fréquentes et plus sévères chez les sujets infectés par le VIH. Une préparation au voyage de ces patients est importante et entre 53 et 69 % selon les études consultent avant le départ. Il est important d’informer que certains pays refusent l’entrée aux voyageurs infectés par le VIH ou en possession de traitements antirétroviraux. L’attention des voyageurs doit être attirée sur l’importance du respect des précautions alimentaires et d’hygiène, sur l’utilisation de préservatifs, sur la nécessité d’une chimioprophylaxie associée à l’observance d’une protection contre les piqûres de moustiques. Les voyageurs doivent être informés des possibles interactions pharmacocinétiques entre les antipaludiques et les HAART (Highly Active Antiretroviral Therapy). La méfloquine, la chloroquine, la cloroquine-proguanil et la doxycycline pourraient voir leurs concentrations diminuées en raison de leurs interactions potentielles avec les INNTI (inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse). La visite des grottes et caves contenant des spores d’Histoplama est à déconseiller. Quant aux vaccinations, les vaccins vivants sont contre-indiqués ; cependant les vaccins vivants atténués antiamaril et antirougeoleux peuvent être administrés si le nombre de lymphocytes CD4 est supérieur à 200/mm3. L’immunogénicité des vaccins est diminuée et la durée de la protection est plus courte que celle des personnes immuno-compétentes, ce qui justifie le contrôle de la séroconversion après vaccination et l’injection éventuelle de doses supplémentaires. La vaccination peut entrainer une augmentation transitoire de la charge virale, ce qui semble sans conséquence clinique péjorative. Tout voyage à l’étranger est à éviter les premières semaines après l’introduction ou la modification d’un traitement antirétroviral, en raison des effets indésirables plus fréquents en début de traitement et aussi parce qu’il convient de contrôler la réponse au traitement.
(publié le 9 décembre 2008)