Caractéristiques psycho-pathologiques d’une population de patients cibles de harcèlement moral au travail

G. BROUSSE, L. FONTANA, L. OUCHCHANE, C. BOISSON, L. GERBAUD, D. BOURGUET, A. PERRIER, A. SCHMITT, P.M. LLORCA, A. CHAMOUX Occupational Medicine. - 2008. - Vol. 58. - N° 2. - Pages 122-128. - Bibliographie

Une forte association entre le harcèlement moral au travail et l’anxiété et la dépression qui en découlent, indiquée par une recherche empirique, suggère que le harcèlement moral est un facteur étiologique pour des problèmes de santé mentale. Les buts de cette enquête française étaient d’évaluer les niveaux de stress et de troubles anxiodépressifs développés par des patients cibles de harcèlement moral au travail ainsi que les conséquences à 12 mois et de caractériser cette population en termes de profils psycho-pathologiques et socio-démographiques.

Quarante-huit patients (36 femmes et 12 hommes) ayant les critères de l’Inventaire de la Terreur Psychologique de Leymann pour le harcèlement moral ont été inclus dans une enquête prospective. Des évaluations ont été réalisées à la première consultation et à 12 mois en utilisant un interrogatoire clinique standard, une échelle visuelle analogique de stress, l’échelle hospitalière d’anxiété et de dépression (HAD), l’échelle de stress de Beech sur le lieu de travail et un test prospectif (Enquête Image - Frustration).

À la première consultation, 81 % des patients montraient des niveaux élevés de stress ressenti au travail et 83 % et 52 % présentaient respectivement de l’anxiété et de la dépression. A 12 mois, seulement 19 % des patients au travail exprimaient une sensation de stress au travail. Il y avait une modification significative des symptômes d’anxiété tandis qu’il n’y avait pas de changement des symptômes de dépression. Les stress au travail et la dépression influençaient significativement la capacité à retourner au travail.

Aux évaluations à 12 mois, les travailleurs en activité montraient un score significativement meilleur sur l’échelle HAD que ceux qui ne travaillaient pas. Plus de la moitié des patients cibles présentait un trait prédominant de personnalité lié au neuroticisme (sensibilité émotionnelle excessive aux mauvais événements de la vie).

En conclusion, le harcèlement moral au travail peut avoir des répercussions graves sur la santé mentale, déclenchant des troubles sous-jacents graves et persistants.

(publié le 29 janvier 2009)