Décompensation professionnelle. Repérer pour mieux agir

C. RAVALLEC, D. VAUDOUX Travail et Sécurité. - 2008. - N° 685. - Pages 22- 30

La décompensation professionnelle peut prendre des formes diverses et se manifester aussi bien au niveau de la santé physique que mentale : maladies cardio-vasculaires, troubles anxio-dépressifs, tendances suicidaires. La seule façon de faire de la prévention durable est d’opter pour une démarche de prévention collective qui va agir sur les origines de cette décompensation, en lien avec le travail. Cette démarche suppose différentes étapes : un prédiagnostic (qui objective les problèmes de stress, évalue leur dimension collective et permet de recueillir des indicateurs de dépistage), la constitution d’un groupe de projet rassemblant direction, préventeurs internes et salariés volontaires représentant les différents services de l’entreprise (ayant pour mission d’informer l’ensemble des salariés, de guider les intervenants extérieurs, et d’assurer le suivi des actions et des indicateurs), le diagnostic approfondi avec l’aide d’intervenants extérieurs (afin d’évaluer le niveau de stress, d’en repérer les sources et d’identifier les groupes de salariés les plus affectés), la restitution des résultats, l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action pratique et précis, le suivi des indicateurs.

Un exemple de politique de prévention collective est présenté dans ce dossier, et concerne une entreprise soucieuse de limiter l’impact psychologique dont pouvaient être victimes ses agents. Si la prévention n’a pas été mise en œuvre ou a été insuffisante, les personnes en souffrance peuvent bénéficier de consultations de pathologies professionnelles qui sont l’occasion de prendre du recul et de réfléchir aux différents aspects de la situation. L’objectif est de revenir à son poste dans de bonnes conditions. Chaque histoire étant unique, la prise en charge se déroule au cas par cas. Cependant, les personnes se trouvent souvent dans une désorientation totale. D’une façon générale, il faut aider la personne à se sortir de sa position de victime afin qu’elle retrouve une position d’acteur. Elle doit renouer avec le fait que derrière la problématique relationnelle, il est question de travail et il faut tenter de transformer une rupture de trajectoire en opportunité.

La situation est parfois si désastreuse qu’un retour au travail dans les mêmes conditions n’est pas envisageable. La réintégration passe alors par un changement de service, d’entreprise, voire de secteur d’activité. Le retour au travail est toujours une victoire et traduit la réussite de la démarche.

(publié le 28 janvier 2009)