Dossier burn out. Épuisement des médecins. En parler !

E. GALAM, Y. LÉOPOLD Le Concours Médical. - 2008. - Tome 130. - N° 8. - Pages 393-405. - Bibliographie

Le burn out ou syndrome d’épuisement professionnel qui frappe les soignants est un stress lié au travail requérant un engagement relationnel. L’exercice de la médecine implique la confrontation à la souffrance d’une part, à l’impuissance et à l’incertitude d’autre part, tout en subissant de multiples contraintes liées à la gestion d’une micro-entreprise. En 2006, une enquête en Ile-de- France a montré que les médecins les plus à risques étaient ceux qui avaient une clientèle importante, qui consultaient sans rendez-vous, effectuaient des visites à domicile, partaient peu en vacances, hésitaient à se faire soigner, et étaient même agressés. L’évolution du système de santé, confronté à des enjeux sanitaires, économiques et culturels nouveaux, influe sur les pratiques et les représentations des différents acteurs. Le travail des médecins s’est alourdi et rigidifié en fonction des exigences administratives, dans un contexte de surcharge, de risques d’erreurs, d’isolement voire d’abandon, tandis que les institutions les laissent aux prises avec des situations de travail à risque. 53 % des médecins de la région Ile-de-France se sentent concernés, des résultats inquiétants à mettre en parallèle avec le taux de suicide plus élevé chez les médecins en activité (14,6 %) que dans la population générale (5 %). Les causes les plus citées de l’épuisement professionnel des médecins libéraux sont l’excès de paperasserie (96 %), la non reconnaissance de l’action du médecin (90,1 %), la charge de travail (89,1 %), l’augmentation des contraintes collectives (88,6 %), la longueur des journées (85,3 %), l’exigence des patients (84,1 %). Les conséquences de l’épuisement sont la diminution de l’accomplissement professionnel, suivie de la dégradation de la relation médecin- patient, de l’altération de la qualité des soins puis de l’augmentation des dépenses de santé.

Cinq solutions sont plébiscitées : améliorer la protection sociale des médecins, mieux définir la nature et les limites de la responsabilité médicale, prendre en compte le médecin pour lui même, mieux préparer les étudiants en médecine, faciliter la gestion administrative, voire déléguer des tâches au personnel paramédical.

Les médecins menacés de burn out sont plus enclins à la consommation d’alcool ou de tabac et à la prise de médicaments. Pour l’ensemble des médecins, les moyens de protection auxquels ils ont recours sont : les vacances et les loisirs, la prise de médicaments, le suivi par un psychologue, les groupes de pairs et les groupes Balint.

50 % des répondants souhaitent modifier leur exercice, voire changer de métier. Pour lutter conte ce phénomène et préserver « l’outil de soin qu’est le médecin », l’URML (Union régionale des Médecins Libéraux) Ile-de-France a émis des recommandations en direction des institutions, des médecins et de la population. Depuis le 1er juin 2005, un service d’écoute psychologique pour les médecins (0826 00 4 580) est disponible sept jours sur sept, 24 heures sur 24.

(publié le 4 décembre 2008)