Stress, trauma, de quoi s’agit-il ? Définitions, remèdes et stratégies de prévention

F. HUTIN VAN THUY Performances. - 2007. - N° 36. - Pages 11-16.

L’auteur propose une démarche de clarification et de compréhension des phénomènes de stress et de traumatisme dans une période où leur médiatisation est très forte, à partir de différentes situations réelles. L’auteur distingue les déclencheurs de stress (les « stresseurs »), la réaction de stress, la phase de liquidation émotionnelle et les symptômes qui peuvent le cas échéant, accompagner la réaction. Les déclencheurs sont des stimuli de tous ordres, anodins, banals, récurrents, spectaculaires, inhabituels... « En tant que réaction, le stress est inévitable et ne doit pas être évité, il est un facteur de vie ». La réaction de stress adapté mobilise l’organisme sur les plans biologique, physiologique (tout est mis en oeuvre pour préparer le corps à l’action), psychologique (état de vigilance, focalisation de l’attention, concentration sur les informations) et comportemental (l’attitude qui semble la plus adéquate est mise en acte). Le sujet peut aussi répondre par une réaction de stress dépassé : sidération ou agitation ou fuite panique, ou automatisme (qui engendre des comportements apparemment adaptés mais non consciemment décidés). Rien ne peut augurer du fait que l’on ait une réaction de stress dépassé, mais il est probable qu’un entraînement régulier ou une formation continue favorisent l’acquisition d’automatismes utiles et adaptés en situation. Le stress révèle également la dimension psychique en mobilisant la subjectivité. Il faut aussi avoir vis-à-vis du stress ou du traumatisme, une approche dynamique : la santé n’est-elle pas « une fluctuation, un moment où chacun remédie à ses imperfections avec les moyens les plus adaptés possibles, tentant de maintenir un équilibre précaire mais acceptable  ? » La maladie serait par opposition à la santé plutôt du côté de la passivité. Face aux objectifs perpétuels, aux défis et contraintes imposés, le travail est synonyme d’adaptation de même que la normalité est synonyme d’adaptation et que le stress est synonyme d’adaptation. La réactivité nécessaire va obliger le sujet à plonger dans ses ressources personnelles et à faire appel dans le meilleur des cas à des ressources collectives reposant sur l’assimilation des règles du métier et/ou le recours à des stratégies défensives. A la réaction de stress, succède une phase de liquidation émotionnelle en lien avec un temps de récupération pour compenser les dépenses énergétiques, qui peut se manifester par des larmes, des vomissements et une fatigue intense. L’après coup d’une expérience « stressante  » peut laisser place pour le sujet à du désarroi, de la détresse, s’il n’a pas « assuré », c’est-à-dire s’il a eu une réaction de stress dépassé.


F. HUTIN VAN THUY. Performances. - 2007. - N° 37. - Pages 13-20. - Bibliographie

A partir de deux expériences traumatisantes, renvoyant à un concept de mort, l’auteur pro pose d’étudier le traumatisme psychique induit par une telle situation. Le traumatisme est décrit comme un « événement de la vie du sujet qui se définit par son intensité, l’incapacité où se trouve le sujet d’y répondre adéquatement, le bouleversement et les effets pathogènes durables qu’il provoque dans l’organisation psychique ». En effet, en situation potentiellement traumatisante, les stimulations sont brutales, violentes et mettent à mal les défenses du psychisme. Le sujet est mis en face d’une réalité qui échappe à sa compréhension du monde. Il est confronté à l’écroulement de tout ce qui faisait les bases de sa stabilité et de sa sécurité. Son histoire est désorganisée, ses repères sont chahutés, ses valeurs, ses croyances remises en cause. De plus, le sujet est réduit à une « fonction d’objet passivé » destiné à recevoir la violence brutale de l’événement. C’est aussi un événement inassimilable. Dans l’expérience traumatique, il y a une effraction, déchirure et dépose à l’intérieur de l’appareil psychique d’une image traumatique, déconnectée du réseau de représentation interne, qui va concentrer à elle-seule le vécu traumatique et se manifester sous de multiples formes si ce vécu n’est pas élaboré de façon à s’intégrer dans la chaîne des signifiants. Après l’évènement, des réactions post-traumatiques s’observent : troubles du sommeil, troubles de l’alimentation, troubles du comportement, troubles de la mémoire, de la concentration. Ces évènements disparaissent en quelques heures ou quelques semaines. Pour dépasser l’espace traumatique, différentes solutions sont envisageables : une intervention immédiate qui est un temps d’accueil. Elle se déroule au travail et met en marche le processus d’élaboration vers le parler. L’entourage étant connu, familier, identifié, ce temps aura valeur de repères pour sortir d’un monde chaotique. Des gestes simples suffisent pour répondre aux besoins primaires. Cette intervention immédiate a également d’autres mérites : manifester la solidarité du corps social à quelqu’un qui a vécu un instant un sentiment cruel d’abandon. L’intervention post-immédiate (dans les jours qui suivent l’événement) semble la plus fructueuse : elle aide le sujet à « reparcourir » les événements, à retrouver avec précision les faits, les actes, ses émotions, ses pensées au moment où l’événement s’est produit. Il permet à la « victime » dans le même temps de faire une relecture de l’expérience traumatique en y étant associé alors qu’elle avait été exclue de son histoire. Plus tard à l’occasion de la reprise, un « réaccueil » est important pour construire ensemble le retour vers l’environnement professionnel. Pour tout événement touchant un collectif professionnel, l’intervention s’adressera dans un premier temps au collectif fragilisé à considérer comme une entité à part entière.

(publié le 23 septembre 2008)