"Le travail réel n’est pas la préoccupation des dirigeants"

N. Aubert, interviewée par G. Picut Entreprise et Carrières, 2014, n°1187, pp. 30-31
A l’époque du capitalisme industriel, l’entreprise faisait du profit mais aussi et surtout construisait un produit et les grands capitaines d’industries étaient animés d’une pulsion de réalisation. Désormais, nous sommes dans l’ère du capitalisme financier où l’entreprise n’est plus qu’une marchandise, un produit financier que l’on va valoriser au maximum pour en tirer le meilleur profit. Le temps est désormais compté : fini le rythme long avec un profit accumulé pour être réinvesti ; il faut être le plus réactif possible et utiliser au mieux les dernières technologies pour être plus rapide que ses concurrents.
Les salariés pris dans ce monde d’immédiateté et d’adaptabilité permanente au détriment de la compétence, de la culture du métier et de la loyauté professionnelle sont victimes d’angoisse et fournissent en définitive un travail médiocre ; ce qui peut aboutir à des pathologies d’épuisement.
Les managers sont pris dans un tourbillon et une culture du résultat où compte seulement le combien au détriment du comment. Dans cette tourmente infernale, on se retrouve dans un scénario de la performance impossible en augmentant sans cesse les objectifs. Le lien managérial devient abstrait. " La procédurisation étouffe le cœur du métier, le lien social et la créativité " tandis que les "logiques de l’urgence ont érodé les relations humaines et les temps de convivialité".
Les courriels qui arrivent en continu exigent de la réactivité à toute heure du jour et quasiment de la nuit. Les salariés se retrouvent en situation de pré burn-out.
Certaines entreprises réagissent en mettant en place une charte, une déontologie pour gérer l’usage de l’e-mail en dehors des heures de travail. Il existe des tentatives de décélération mais qui ne touchent que des sphères précises de la société, alors que le mouvement économique mondial ne va pas dans ce sens.
(publié le 29 septembre 2014)