Manipulation des anticorps monoclonaux en milieu de soins
Pratiques et mesures de prévention

L. Coates, V. Caron, F. Pillière Références en Santé au Travail, 2016, n°146, pp.39-49. Bibliographie
Les applications thérapeutiques des anticorps monoclonaux (Acm) se multiplient et parallèlement, leur manipulation s’intensifie. Mais leur toxicité pour le personnel reste peu connue.
Dans le cadre d’une thèse de médecine du travail, un état des lieux a été réalisé, s’appuyant sur une revue de la littérature et une enquête de terrain, sous la forme de questionnaires ou d’interviews pour les populations ciblées, soit les travailleurs manipulant des Acm (personnels infirmiers et de pharmacie) et les médecins du travail assurant leur suivi médical.
Il n’existe pas de données sur les possibles effets cancérogènes des Acm chez les sujets potentiellement exposés. Il n’existe pas non plus de données sur les effets possibles d’une exposition aux Acm pour des manipulatrices enceintes ou allaitantes, ou sur les effets des Acm sur la fertilité des sujets exposés professionnellement.
En termes de prévention, les pratiques sont hétérogènes mais il apparaît que les Acm sont souvent manipulés comme les cytotoxiques avec des mesures de prévention proches, voire avec les mêmes équipements et ce sans justification documentée.
L’enquête de terrain a montré que la préparation des Acm était complexe et que les manipulations pouvaient être nombreuses. Lorsqu’elle est centralisée, l’utilisation d’équipements techniques de type poste de sécurité microbiologique est rapportée de façon systématique, ce qui n’est pas le cas lorsque la préparation a lieu en service de soins. Idem pour le port de protections individuelles. On note une grande disparité dans les mesures de prévention entre les différents services de soins, ou entre les différentes pharmacies mais aussi entre les travailleurs d’un même service ou d’une même pharmacie.
La majorité des personnels déclare avoir reçu une formation/information sur les Acm (plus souvent pour le personnel réalisant la préparation que pour celui réalisant l’administration, selon les médecins du travail).
L’existence d’un risque est perçu différemment selon la catégorie de personnel (qu’il soit infirmier, pharmacien ou médecin).
La majorité des médecins du travail interrogés déclare ne pas avoir mis en place de suivi médical particulier. Toutefois, la moitié prend des mesures de prévention spécifiques (retrait temporaire) pour les femmes enceintes ou allaitantes.
Les médecins qui ont mis en place un suivi médical se sont alignés sur les cytotoxiques en application d’un "principe de précaution", du fait d’un manque d’informations sur les Acm.
Il paraît dès lors nécessaire de réaliser une évaluation des risques le plus en amont possible en pratiquant une analyse fine des situations de travail. Quand les données sont insuffisantes, il convient d’adopter une approche dite de précaution dans le but de limiter au maximum l’exposition.
Dans l’attente d’études complémentaires, il convient de rester vigilant.
(publié le 3 novembre 2016)