Le casse-tête de la prévention primaire

C. Abou El Khaïr Liaisons Sociales Magazine, 2020, n°208, pp.45-47

La santé des salariés au travail ne semble pas aller mieux : peu d’amélioration relative aux accidents du travail, maladies professionnelles, absentéisme.
L’entreprise doit devenir un " lieu de santé ", mais la culture de prévention peine à faire son chemin.
La première "urgence" concernerait l’organisation du travail. Il faut réfléchir sur les rythmes de travail (cadences, normes de production, exigences de réponse immédiate, flux tendus,...) et les process (trop de mouvements répétitifs).
Pour l’instant, les organisations privilégient une prévention du type secondaire, consistant à prémunir des risques par des protections individuelles.
Le problème est que les décideurs connaissant mal le travail réel de leurs collaborateurs. Au mieux, ils commanditent des études qui s’empilent et finalement restent dans les placards car la prévention primaire est complexe, remettant en question l’organisation, le management, la communication… Et le cadre légal ne semple pas conduire, selon l’auteur, à s’emparer de ces questions. Regardons le document unique d’évaluation des risques, déjà peu présent dans les petites entreprises, mais en plus, davantage perçu comme une obligation légale, que comme un outil de prévention.
La lutte contre les troubles musculosquelettiques pourrait passer par la polyvalence qui pourrait être aussi source d’enrichissement au travail. Mais si elle conduit à réduire les effectifs, il est évident qu’elle va se traduire par une dégradation des conditions de travail.

"Dans les services de santé au travail interentreprises ou autonomes, on pousse en faveur de compétences plus appuyées en matière de prévention, sur le champ de l’analyse du travail et de son organisation", souline Catherine Pinchaut, secrétaire nationale de la CFDT.

"Tout l’enjeu est d’associer l’ensemble des parties prenantes. La prévention primaire implique d’orchestrer un collectif à différents niveaux hiérarchiques, des décideurs aux encadrants, en passant par les opérateurs. De quoi remettre à plat tout ce qui pose problème".
Mais pour l’instant, ces initiatives restent minoritaires.

(publié le 20 mars 2020)