La souffrance psychique en lien avec le travail chez les salariés actifs en France entre 2007 et 2012, à partir du programme MCP

I. Khireddine et coll. Bulletin épidémiologique hebdomadaire, BEH, 2015, n°23, pp. 431-438. Bibliographie

A partir des données du groupe MCP (maladies à caractère professionnel) qui s’appuie sur un réseau sentinelles de médecins du travail volontaires, les taux de prévalence de la souffrance psychique en lien avec le travail ont été calculés pour chaque année entre 2007 et 2012.
Ce taux était chaque année deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes et les taux chez les hommes ont augmenté de 1,1% à 1,4% avec une tendance linéaire significative et chez les femmes, les taux de prévalence ont varié sur la période, passant de 2,3% à 3,1% sans tendance linéaire significative associée.
La souffrance psychique en lien avec le travail augmente avec l’âge jusqu’à la tranche 45-54 ans puis stagne, et avec la catégorie sociale chez les hommes comme chez les femmes (gradient social, des ouvriers vers les cadres).
La souffrance psychique causée ou aggravée par le travail est le deuxième groupe pathologique le plus souvent signalé parmi la population salariée active dans le programme MCP.
Les hypothèses avancées sont les suivantes :

  • une plus grande couverture médiatique des pathologies liées au travail entraînant une plus forte sensibilisation des salariés et une libération de la parole auprès des médecins du travail,
  • des médecins du travail plus sensibilisés et des salariés plus en confiance pour exprimer leur mal-être,
  • la détérioration des conditions de travail constatée ces dernières années notamment celles liées à l’organisation du travail et aux relations entre collègues et avec la hiérarchie.

Le programme présente certaines limites :

  • le signalement qui s’appuie sur l’analyse du médecin du travail et non sur une procédure standardisée,
  • le manque de temps lors de certaines consultations,
  • l’imputabilité de la pathologie au travail qui repose sur le jugement des médecins du travail et l’on connaît toute la difficulté d’établir un lien causal entre l’exposition professionnelle et la souffrance psychique.

Cette étude conclut qu’en 2012, plus de 3 femmes actives salariées sur 100 et plus de 1 homme actif salarié sur 100 seraient touchés par cette pathologie. En extrapolant à la France entière, ce ne sont pas moins de 480 000 salariés qui seraient concernés.
La souffrance mentale liée au travail ne figure dans aucun tableau de maladie professionnelle mais cette pathologie peut être indemnisée dans le cadre des CRRMP, comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (250 salariés indemnisées en 2013).

(publié le 4 septembre 2015)