Le burnout, mal du siècle

P. Zawieja Sciences Humaines, 2017, n°290, pp.56-59

Parmi la cinquantaine de définitions concernant le le burnout, la plus consensuelle semble la suivante : " un syndrome associant un épuisement émotionnel et physique, la déshumanisation de la relation aux êtres et aux activités humaines, et une baisse, voire une disparition du sentiment d’accomplissement personnel, en réponse à une situation chroniquement stressante".
Le stress s’installe lorsque les ressources s’épuisent plus vite que les problèmes qui se multiplient ou s’aggravent.
Le stress chronique résulte d’une appréciation subjective personnelle et c’est en cela qu’il est difficile de citer une cause objective et unique, en l’occurrence le travail.
130 manifestations du burnout sont recensées, appartenant au domaine affectif, cognitif, physique, comportemental ou motivationnel.
Différents stades sont décrits :

  • une frénésie (hyperactivité, dépassement des horaires, suppression des pauses, etc..) conduisant à un épuisement physique et émotionnel,
  • un désinvestissement des relations et activités humaines (prise de distance, évitements, froideur, perte d’empathie, etc.),
  • détresse psychologique avec une tonalité à la fois dépressive et agressive,
  • signes de pétrification cognitive (troubles de la concentration et de la mémoire, indécision et démotivation, rigidité),
  • appauvrissement émotionnel (indifférence), social (moindre sympathie, évitement des contacts..) et spirituel (ennui, perte des valeurs antérieures),
  • et toute une cohorte de manifestations psychosomatiques (baisse des défenses immunitaires, troubles du sommeil, troubles sexuels, signes cardiovasculaires, troubles digestifs, affections cutanées ....).

Le diagnostic différentiel du burnout est difficile et selon l’auteur "l’idée d’en faire une dépression d’origine professionnelle est donc séduisante, mais simpliste - car comme la dépression, le burnout est un état qui admet une longue liste de facteurs de risque et de déterminants..."
Il en reste qu’un certain nombre de facteurs professionnels peuvent être incriminés : les exigences du travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie, le manque de soutien social, les conflits de valeurs, l’insécurité du travail et de l’emploi.
Mais il ne faut pas pour autant occulter les facteurs individuels : ceux qui favorisent le burn-out : le genre féminin, le jeune âge, la personnalité de type A, le perfectionnisme, et ceux qui en protègent : la personnalité proactive, et l’endurance.
La distinction entre burnout et dépression est loin d’être claire. Une plainte de burnout impose d’écarter le risque suicidaire. Mais parler de burnout ne serait -il pas moins stigmatisant que d’évoquer la dépression qui s’accorde mal du culte de la performance ?
Le burnout selon l’auteur, permet aussi une externalisation des responsabilités. Le sujet en burnout ne se considère plus comme responsable de sa situation mais victime d’un coupable socialement désigné.

Dans le courrier des lecteurs du n°282, mai 2017, p.6, une psychologue fait part de son point de vue sur cet article. Elle n’accepte pas que soient minimisés les méfaits de certains types d’organisation du travail dans l’étiologie de cette souffrance au travail. Elle réfute également la prédisposition liée au genre : si les femmes sont plus touchées, c’est d’après elle, en raison de la façon d’organiser le travail et de le repartir. Plutôt que d’incriminer l’âge comme facteur de risque, ne faudrait-il pas considérer que la "confrontation entre un certain idéal des missions à réaliser et la réalité de moyens pour faire un travail de qualité" impose un surinvestissement ou des attitudes de retrait ? Désigner le travail comme bouc émissaire pour externaliser sa responsabilité n’est pas non plus acceptable à ses yeux !

(publié le 28 avril 2017)