Borréliose de Lyme et milieu professionnel : où en est-on ?

V. Caron, G. Deffontaines Références en Santé au Travail, 2015, n°142, pp. 83-90. Bibliographie

La borréliose de Lyme est la plus fréquente des maladies transmises par les tiques en Europe et en Amérique du Nord. Le vecteur essentiel est Ixodes ricinus.
On estime à 27 000 le nombre de cas annuels en France, mais il varie selon les années, les saisons (recrudescence entre le début du printemps et la fin de l’automne) et les régions (conditions climatiques et importance des zones boisées ou arborées d’où incidence élevée en Alsace).
Sont exposées les populations fréquentant les zones habitées par les tiques infectées le plus souvent lors de leurs activités de loisirs, et les professionnels de l’agriculture ou de la forêt.
Chaque année, 40 borrélioses de Lyme sont reconnues en maladie professionnelle dans le Régime agricole et de 1 à 10 dans le Régime général.
Le cycle de la tique comporte trois phases ou stases : larve, nymphe et tique adulte. Chaque stase se termine par un repas sanguin sur un hôte qui dure de 3 à 13 jours et entre chaque repas, les tiques peuvent rester des semaines, voire des mois sur le sol et notamment dans les tapis de feuilles, les hautes herbes, les milieux forestiers, les zones arborées, les landes et les pâturages.
En France métropolitaine, tout le territoire est colonisé par I. ricinus à l’exception du littoral méditerranéen et au-dessus de 1 500m d’altitude.
Ce sont les nymphes qui transmettent le plus souvent la maladie car elles sont de petite taille et donc difficilement repérables. A la recherche d’un repas sanguin, la tique à l’affût dans les hautes herbes ou les brindilles se jette sur sa proie mais ne saute pas et ne tombe pas des arbres. Elle se fixe le plus souvent sur les membres inférieurs puis migre dans des zones plus chaudes (creux poplité, pli de l’aine, cuir chevelu). Un animal infecté n’est pas contaminant et il n’y a pas de transmission interhumaine.
300 espèces d’hôtes peuvent accueillir la tique pour son repas sanguin : petits mammifères (rongeurs, hérissons), cervidés et autres ongulés, carnivores dont le chien.

La maladie non traitée évolue en trois phases.
La phase primaire (atteinte localisée) survient 2 à 30 jours après la piqûre de tique infectée sous forme d’un érythème cutané migrant (ECM), lésion érythémateuse non prurigineuse, centrée sur la piqûre et s’agrandissant, pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres, et pouvant persister plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour régresser et disparaître spontanément. Si cette lésion est pathognomonique, elle n’est pas systématique.
La phase secondaire peut survenir quelques semaines ou quelques mois après la piqûre en l’absence de diagnostic préalable ou de traitement mal suivi. Les atteintes les plus fréquentes sont neurologiques (méningoradiculite avec douleurs radiculaires sévères et résistantes aux traitements antalgiques associée à une méningite lymphocytaire, méningites isolées, myélites aiguës, encéphalites) ou rhumatologiques (monoarthrites des grosses articulations avec épanchement important mais peu douloureux). Mais on peut voir des manifestations dermatologiques, cardiaques ou ophtalmologiques.
La phase tertiaire correspond à une atteinte disséminée tardive faite de manifestations neurologiques (encéphalomyélites chroniques, polyneuropathies sensitives axonales, ataxie, parésies...), de manifestations dermatologiques (acrodermatite chronique atrophiante) ou de manifestations rhumatologiques (monoarthrites chroniques ou intermittentes).

Le diagnostic est facile en cas d’ECM et à ce stade, la sérologie est le plus souvent négative. Sa découverte nécessite la mise en route d’un traitement.
Les formes neurologiques seront confirmées par des sérologies sanguines et du liquide céphalo-rachidien et les formes rhumatologiques par une sérologie sanguine (élévation importante des IgG).
Dans les situations diagnostiques difficiles, on peut avoir recours à la PCR.

Dès que la maladie est identifiée, le traitement sera mis en place rapidement.

La prévention collective repose sur la maîtrise de l’environnement (les tiques ont besoin d’humidité et d’herbes hautes), illusoire en milieu naturel.
La prévention individuelle repose sur le port de vêtements couvrants et clairs (pour repérer les tiques) et d’un chapeau, sur l’emploi de répulsifs sur la peau et les vêtements. Au retour de la promenade ou du travail agricole ou forestier, l’inspection minutieuse de la peau est primordiale ; les tiques seront enlevées sans délai à l’aide d’un tire-tique ou d’une pince à écharde. Après désinfection de la plaie, la surveillance de la zone de piqûre pendant quelques jours est importante afin de repérer précocement l’apparition d’un éventuel ECM qui engendrera la mise en route d’un traitement antibiotique.
En cas de piqûre sans symptômes, il n’est pas justifié de mettre en place un traitement.
Il n’existe pas de vaccin contre la maladie de Lyme.

(publié le 4 septembre 2015)