Dermatites de contact professionnelles aux produits de la mer

M-N. Crépy Documents pour le Médecin du Travail, 2012, n°129, pp.107-118. Bibliographie

Les produits de la mer comprennent les produits de la pêche et de l’aquaculture : poissons d’eau de mer, crustacés, mollusques et coquillages.
Outre les blessures traumatiques (dues aux épines de certains poissons, aux épines des oursins, aux crustacés, aux huîtres, aux coraux), peut survenir une irritation cutanée (due à la fraction protéique du jus de poisson) qui se manifeste par érythème et prurit apparaissant quelques minutes après le contact et disparaissant en quelques heures ; les réactions sont d’autant plus intenses que l’âge post-mortem est avancé.
Lors de la manipulation des filets, les marins pêcheurs peuvent se sensibiliser aux bryozoaires arrachés aux fond marins (essentiellement en mer du Nord et dans la Manche). Il s’agit d’animaux invertébrés de très petite taille (inférieure au millimètre) pouvant provoquer des dermatites allergiques de contact et également des photosensibilisations.
L’exposition professionnelle à des poissons infectés par Anisakis est un important facteur de risque de développer des manifestations allergiques cutanées (urticaire de contact, dermatite de contact aux protéines).
Il en est de même lors de l’exposition à la chair de nombreux poissons (par l’intermédiaire de parvalbumines), de crustacés et de mollusques (engendrés par tropomyosine et arginine kinase).
Les métiers concernés sont les personnels de l’industrie agroalimentaire, les cuisiniers et les traiteurs, les employés de commerce alimentaire, les poissonniers, les écaillers, les pécheurs, les personnels de l’aquaculture et de la conchyliculture, les ostréiculteurs, les personnels de l’industrie pharmaceutique ou cosmétique, les biologistes et chercheurs pouvant être en contact avec des produits dérivés.
Devant une dermatite de contact allergique, le bilan repose sur la pratique des tests épicutanés avec la batterie standard européenne et les produits suspects apportés par le patient.
En présence d’une urticaire de contact et/ou d’une dermatite de contact aux protéines, seront pratiqués les tests cutanés et les tests de détection IgE spécifiques in vitro.
La gravité des symptômes d’allergie conduit souvent à un changement de poste de travail.
La prévention collective visera à réduire le niveau d’exposition :

  • automatisation de certains procédés,
  • ventilation générale des locaux,
  • installation d’aspirations efficaces aux postes de travail,
  • choix des procédés les moins exposants.

La prévention individuelle visera à lutter contre les facteurs irritants notamment à réduire le temps de travail en milieu humide (qui fragilise la barrière cutanée favorisant la pénétration des allergènes).
Il faut conseiller :

  • le lavage des mains à l’eau tiède (éviter l’eau chaude), un bon rinçage et un séchage soigneux,
  • le port de gants de protection pour les tâches en milieu humide (pendant une durée courte) et éventuellement l’utilisation de gants en coton en cas de port prolongé,
  • le changement régulier des vêtements de travail,
  • le non -port de bagues,
  • l’utilisation de désinfectants,
  • l’application d ’émollients sur les mains, riches en lipides et sans parfum en insistant sur les espaces interdigitaux, la pulpe des doigts et le dos des mains.

A l’embauche, le salarié sera informé des risques cutanés et sur les moyens de prévention. On insistera chez le sujet atopique du fait de sa plus grande susceptibilité aux irritants.
Les visites périodiques seront l’occasion de surveiller les signes d’irritation cutanée.

Les lésions eczématiformes et les urticaires de contact liées à l’exposition aux produits de la mer ne sont pas inscrites aux tableaux du régime général de la Sécurité sociale.
Les salariés du régime agricole peuvent être pris en charge par l’intermédiaire du tableau n°44 qui répare les affections cutanées de mécanisme allergique liées à la manipulation ou et l’emploi habituel de tous produits dans le cadre de l’activité professionnelle.
Les lésions traumatiques liées aux produits de la mer seront déclarées en accidents du travail.

(publié le 23 août 2012)