Description clinique et pronostique de trois cas de photodermatoses professionnelles induites par contact avec "Alcyonidium gelatinosum" chez des marins-pêcheurs

B. Clin, C. Stosse Guevel, M.F. Marquignon, D. Leroy, L. Verneuil, M. Letourneux Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2009, vol.70, n° 6, p. 666-671
La description de trois cas de photodermatoses liées à un bryozoaire, Alcyonidium gelatinosum identifiés chez deux marins-pêcheurs et un plaisancier pratiquant la pêche avec casiers et filets en Normandie met en évidence les caractéristiques et spécificités de cette dermatose professionnelle.
Les bryozoaires sont des animaux invertébrés appelés aussi " animaux mousses" formant "des colonies de milliers d’individus de taille inférieure au millimètre, en épifaune de fucus ou fixées sur des substrats durs... Ils forment des rameaux de 20 à 30 cm, de consistance gélatineuse, encroûtés ou dressés.... Ils sont arrachés par les mailles des filets sur les fonds marins, se fixent et prolifèrent en saison estivale ". Les régions concernées sont les côtes de Bretagne et de Normandie, particulièrement la périphérie du Cotentin, du pays de Caux et la baie de Seine.
Les manifestations sont caractérisées par des poussées d’eczéma très prurigineux, localisées principalement au niveau du visage, du décolleté, des avant-bras et des mains pouvant évoluer vers une généralisation avec surinfections. La rythmicité des poussées est nettement saisonnière au printemps-été.
Il s’agit d’une allergie de contact ; la sensibilisation a lieu lors de la manipulation des filets. L’haptène est l’ion (2-hydroxyéthyl) diméthylsulfoxonium.
En règle générale, la guérison survient en quelques semaines après l’éviction de l’allergène. Il peut néanmoins exister des récidives de l’eczéma à chaque exposition solaire, voire une évolution vers la chronicité avec de nouvelles poussées au contact de l’eau de mer et indépendamment de tout contact avec les bryozoaires. On parle alors de dermite actinique chronique. Cette maladie peut être particulièrement invalidante.
La reconnaissance de l’eczéma lié aux bryozoaires ne peut intervenir que dans le cadre des affections "hors tableau". Le reclassement est souvent difficile.
La prévention repose sur des mesures collectives (organisation du travail permettant la limitation de l’exposition), et sur des mesures individuelles : port de vêtements en polyuréthane et gants en néoprène pouvant se glisser sous la manche élastique de la veste ; mais ces vêtements hermétiques sont difficiles à porter en période estivale. Les gants seuls ne représentent qu’une protection de courte durée. L’application de crème antisolaire avec un coefficient de protection UVA-UVB égal à 50 nécessite en milieu humide, son renouvellement fréquent.
(publié le 2 février 2010)