Exposition à la phosphine chez des salariés agricoles affectés à l’éradication des taupes : données cliniques et métrologiques, revue de la littérature

F. Testud, O. Ramousse, H. Longour Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2015, vol.76, n°2, pp. 131-139. Bibliographie

Suite aux plaintes de cinq salariés affectés à la destruction des taupes, une étude de poste a été réalisée.
Les salariés signalent une odeur alliacée persistante après retrait des vêtements, une sensation de soif, des céphalées pulsatiles débutant pendant le travail et durant jusqu’au lendemain matin, des insomnies (réveils nocturnes) et en fin de journée, une langue saburrale. Il ne signalent pas de signes irritatifs oculaires, ORL, respiratoires.
Le travail consiste à déposer des comprimés de phosphure dans les galeries des taupes à l’aide d’une canne distributrice. Ces comprimés génèrent de la phosphine et le dégazage débute en quelques minutes au contact de l’humidité des galeries. Les salariés sont porteurs d’équipements de protection individuelle : gants, combinaison à usage unique, masque facial à cartouche.
La dosimétrie réalisée met en évidence des concentrations instantanées en phosphine supérieures aux VLEP mais pointe également la poudre de phosphore d’aluminium (qui se répand à partir du barillet qui apporte les comprimés du réservoir jusqu’à la tubulure et qui se dépose au cours de la journée sur la combinaison de travail) comme source principale de contamination.
Le port d’une protection respiratoire pendant toute la durée du traitement est préconisé. Son efficacité sera testée lors de la prochaine campagne de traitement. Compte tenu de la pénibilité du poste (marche prolongée en terrains souvent pentus), un masque à ventilation assistée est à préconiser.

Une revue de la littérature arrive aux mêmes conclusions en impliquant le rôle du phosphure d’aluminium et son absorption transcutanée.
Les intoxications professionnelles par la phosphine surviennent essentiellement dans le secteur de la fumigation des céréales. La plupart des accidents professionnels ont des conséquences essentiellement respiratoires. La phosphine est très irritante pour la muqueuse de l’œil et des voies aériennes, responsable à forte concentration d’un œdème pulmonaire lésionnel.

Lors d’exposition chroniques, 22 salariés indiens manipulant à mains nues et sans protection respiratoire des comprimés de phosphure d’aluminium rapportaient des céphalées, une dyspnée avec toux et oppression thoracique, un mauvais goût dans la bouche avec sécheresse de la muqueuse et des douleurs épigastriques, tous signes résolutifs après l’éviction dans un délai de 15 minutes à 3 heures.

(publié le 23 juillet 2015)