Les troubles musculosquelettiques en viticulture : prévalences et associations avec le travail de la vigne et les facteurs psychosociaux au travail

C. Bernard, S. Bouée, L. Courouve, A. Adjémian, J.C. Chrétien, I. Niedhammer Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2009, vol.70, n°5, p.539-549. Bibliographie.
Une enquête par autoquestionnaire standardisé, adressé par voie postale a été proposée à plus de 17 000 viticulteurs salariés et non salariés appartenant aux huit territoires viticoles français. Le taux de réponse a été de 23,2% (très satisfaisant pour ce type d’enquête).
Le questionnaire comportait trois parties : la première portait sur des données générales, la deuxième était constituée par le questionnaire Nordic (sur les 9 localisations douloureuses proposées, les sujets enquêtés devaient cocher le lieu des douleurs ressenties au cours des 12 derniers mois et leur latéralité, et ce au maximum pour deux localisations), et la troisième concernait le questionnaire de Siegrist (qui évalue le stress au travail).
Près de 90% des sujets ont déclaré avoir eu des douleurs au cours des 12 derniers mois, localisées préférentiellement au bas du dos (62,6%) ou au poignet ou à la main (27,3%) qui les ont dans un peu moins de la moitié des cas, empêché d’effectuer leur travail habituel. La proportion de personnes gênées dans l’exécution de leur travail est plus importante chez les exploitants que chez les salariés. Les 2/3 des sujets souffrant de douleurs ont consulté un médecin et 13,7% ont effectué une déclaration pour obtenir une reconnaissance de maladie professionnelle, mais les exploitants moins que les salariés (8,9% versus 17,5%).
Si la réalisation des tâches dans la vigne est très fortement liée à la présence de douleur quelle que soit la localisation, il est noté que certaines activités sont corrélées avec les douleurs du bas du dos (la tâche de prétaillage manuel) ou des douleurs de la main et du poignet (la taille de la vigne, l’utilisation d’ un sécateur manuel, l’épamprage et l’égourmandage).
La relation entre douleurs et certains facteurs de stress est corrélée à l’absence de latitude décisionnelle, au déséquilibre efforts -récompenses, au sur investissement personnel.
"La question qui se pose devant ce type de résultats est la relation de causalité entre ces phénomènes, la douleur pouvant aussi bien être cause que conséquence de ces facteurs psychosociaux. Il est d’ailleurs probable qu’il s’agisse d’un phénomène en boucle, où les causes et les conséquences se majorent mutuellement.
Pour aller plus loin dans cette exploration, il conviendrait d’observer les sujets de façon longitudinale par exemple dans une étude de cohorte mais leur inconvénient est leur coût, lié à la nécessité de suivre les mêmes sujets sur une durée suffisamment importante pour pouvoir observer les phénomènes attendus.
(publié le 19 février 2010)