Poumon d’agriculteur

A. Marescaux, J-C. Dalphin La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2012, vol.26, n°862, pp.426-427 Bibliographie

L’agriculture est une des professions à risque respiratoire élevé en raison des "multiples aérocontaminants qui induisent des atteintes respiratoires variées par divers mécanismes souvent intriqués" .
La pathologie est dominée par les atteintes bronchiques, l’asthme, les pneumopathies d’hypersensibilité et les pneumopathies toxiques.

Dans le milieu agricole, la prévalence de la bronchite chronique va de 5 à plus de 40%. Les débits expiratoires accusent un déclin accéléré chez les ouvriers des silos à grains, les éleveurs de porcs et les producteurs laitiers.
Les principaux facteurs de risque sont l’âge élevé, la durée d’exposition, une hyperréactivité bronchique non spécifique, et l’existence (ou les antécédents) de manifestations aiguës pendant une période d’exposition.

Les asthmes allergiques sont liés à une sensibilisation à un ou plusieurs antigènes du milieu agricole mais sont généralement moins fréquents que dans la population générale. D’ailleurs les enfants nés dans une ferme sont protégés de l’allergie atopique et des maladies allergiques dont l’asthme, en lien probablement avec les séjours précoces dans l’étable et la consommation de lait cru non pasteurisé.
Les asthmes non allergiques relèvent de mécanismes pharmacologiques mais le plus souvent, ils dépendent de mécanismes inflammatoires ou immunologiques non spécifiques.
Leur fréquence est élevée en cas de forte exposition aux particules organiques et aux toxines microbiennes.

Les pneumopathies d’hypersensibilité (PHS) "peuvent être aiguës, subaiguës ou chroniques, de mécanisme immuno-allergique complexe à médiation humorale et surtout cellulaire, liées à l’inhalation chronique de substances antigéniques". Elles sont "responsables d’une infiltration inflammatoire cellulaire et granulomateuse de l’interstitium et des espaces aériens terminaux".
Aiguës, elles se traduisent par un syndrome pseudo-grippal d’apparition semi-retardée après exposition. Chroniques, elles correspondent à une maladie évoluée (fibrose interstitielle diffuse, emphysème). L’association verre dépoli, micronodules flous et hyperclarté au scanner est caractéristique.

Le syndrome toxique des poussière d’inhalation suit généralement une exposition passive et inhabituelle à des particules organiques (essentiellement endotoxines ou toxines fongiques). Les manifestations cliniques ressemblent à celles d’une PHS et le cliché thoracique est normal.
La maladie des silos est due à l’inhalation de NO2 se dégageant des substances fourragères ensilées et se caractérise par des signes d’irritation ORL et bronchiques associés à des nausées, vomissements, vertiges, disparaissant au retrait de l’exposition. Des séquelles à type de bronchiolite sont possibles.

Hormis le contexte de l’exposition chronique aux pesticides, l’incidence et la mortalité des cancers bronchiques primitifs sont inférieures aux taux attendus, en lien probable avec un faible tabagisme, un effet travailleur sain, une moindre exposition aux radiations ionisantes et un bas niveau de sédentarité.

La prévention en milieu agricole repose sur la réduction de la quantité de substances inhalées, la détection dans certains secteurs et situations, des sujets à risque et le dépistage précoce des individus malades.
La prévention technique collective est onéreuse pour les petites entreprises. La prévention technique individuelle est difficile à mettre en place et la prévention médicale est inefficace dans la mesure où il n’existe pas d’examen médical d’ embauche ou de surveillance systématique chez les exploitants agricoles (qui représentent l’essentiel des agriculteurs).

(publié le 5 septembre 2012)