Produits phytosanitaires

N. Postel-Vinay, F. Testud, J.P. Gillet, C. Nisse, L. Multigner, P. Kadhel, P. Blanchet Le Concours Médical, 2008, Tome 130, N°13, pages 671-679

La France est le premier utilisateur de produits phytosanitaires en Europe (78 000 tonnes de produits épandus en 2005 en France). Les produits utilisés sont variés : 450 matières actives à usage agricole et plus de 2 500 spécialités commercialisées. Bien que plusieurs études cas-témoins effectuées dans différents pays aient montré une association entre la maladie de Parkinson et le métier d’agriculteur et/ ou l’utilisation professionnelle de pesticides, le rôle causal des produits phytosanitaires n’est pas démontré. D’autres facteurs présents dans l’environnement rural (virus animaux, mycotoxines...) qui jouent vraisemblablement un rôle, restent à explorer. En ce qui concerne les cancers, les différentes études menées à ce jour confirment la sous-mortalité par cancer et l’incidence diminuée des cancers toutes localisations confondues chez les agriculteurs. Elles montrent également un excès de tumeurs de la prostate, de l’ovaire et de mélanomes. Actuellement, les preuves d’un risque de cancers liés à l’exposition professionnelle aux produits phytosanitaires font défaut. Il faudra attendre les résultats des grandes cohortes prospectives aux Etats-Unis (Agricultural Health Study) et en France (Agrican) pour obtenir des réponses fiables. Les premiers résultats pour les localisations les plus fréquentes (sein et prostate) seront disponibles en 2009. Les pesticides sont régulièrement impliqués dans le débat sur la fertilité de l’homme, les avortements spontanés et les malformations congénitales. A ce jour, l’existence d’un retentissement de l’exposition professionnelle aux produits phytosanitaires sur la fertilité de l’homme et sur l’issue de la grossesse chez la femme enceinte n’est pas établie. En attendant les résultats des grandes cohortes prospectives, « il convient de réaliser une évaluation individualisée du risque et de développer le suivi des grossesses exposées ». L’utilisation massive du chlordécone aux Antilles françaises pour lutter conte le charançon du bananier dans les années 1980 suscite des interrogations et inquiétudes. Le chlordécone se comporte comme un promoteur tumoral. Le produit a été utilisé jusqu’en 1993. Actuellement, les concentrations plasmatiques en chlordécone dans la population antillaise sont en moyenne très en deçà du seuil d’apparition des troubles neurologiques, tels qu’ils avaient été observés chez les ouvriers qui fabriquaient ce chlordécone, dans l’usine de Hopewell dans l’Etat de Virginie et qui travaillaient dans des conditions déplorables d’hygiène et de sécurité. La sur-incidence de cancers de la prostate (connue chez les populations d’origine subsaharienne) tant en Guadeloupe qu’en Martinique a fait évoquer un moment la responsabilité de ce chlordécone. Actuellement aucun lien ne peut être affirmé.

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(publié le 3 décembre 2008)