Prévention des piqûres au venin d’abeille au cours de l’apprentissage de l’apiculture professionnelle

C. Nonotte-Varly Références en Santé au Travail, 2016, n°145, pp. 43-52. Bibliographie

L’apprentissage de l’apiculture s’appuie sur une formation théorique et sur de nombreux travaux pratiques effectués en ruchers, en mielleries et en exploitations apicoles. Durant les différentes phases de la formation, le futur apiculteur est exposé à un grand nombre de piqûres d’abeilles.
Il existe des moyens de prévention :

  • le comportement du jeune apiculteur est essentiel : technique d’approche et de travail de la ruche, observation de la colonie afin de connaître l’état de calme ou d’excitation des abeilles, éviction des parfums (qui excitent les abeilles), utilisation de l’enfumoir (produisant une fumée blanche et froide) qui incite les abeilles à se réfugier dans leur ruche ;
  • les équipements de protection individuelle : gants de cuir ou de caoutchouc, combinaison ample de couleur claire, voile translucide généralement en tulle noir pour protéger le visage mais ces éléments n’assurent pas toutefois une protection complète.

Les risques sont la réaction en cas d’attaque massive avec de nombreuses piqûres simultanées et l’allergie au venin d’abeille. A contrario, une attitude excessive dans le domaine de la prévention des piqûres concourt à augmenter le risque de développer une allergie au venin d’abeille.
Les réactions locales aux piqûres d’abeille se manifestent par une inflammation douloureuse et un œdème. Une réaction plus étendue peut induire une lymphangite non infectieuse. La localisation aux voies respiratoires peut engager le pronostic vital. Ces réactions ne nécessitent pas d’exploration allergologique et sont traitées de manière symptomatique.
Les réactions générales toxiques surviennent en cas de piqûres multiples et induisent rhabdomyolyse, hémolyse , troubles cérébraux, troubles hépatiques et une insuffisance rénale.
Il existe des réactions générales anaphylactiques induites par une seule piqûre. La réaction se produit en moins de 30 minutes le plus souvent. Le décès peut survenir en lien avec l’obstruction des voies respiratoires et le choc cardiovasculaire. Dans ces cas, la prise en charge est urgente via le SAMU et nécessite le recours aux antihistaminiques, corticoïdes, salbutamol et/ou adrénaline, à l’oxygénothérapie, au remplissage vasculaire. La surveillance hospitalière durera 12 à 24 heures.
L’avis d’un allergologue sera justifié en cas de réaction anaphylactique immédiate ou en cas de progression rapide et péjorative des symptômes (recherche des facteurs de risques individuels, prick-tests, tests intradermiques, titrage des anticorps IgE spécifiques).
L’apiculteur allergique disposera d’une trousse d’urgence qui comportera 2 stylos d’adrénaline auto-injectable, un corticoïde local, un antihistaminique oral et un bronchodilatateur.
La désensibilisation au venin d’abeille ou immunothérapie spécifique (ITS) sera proposée aux apiculteurs allergiques et réalisée en milieu hospitalier. Elle est efficace et ne contre-indique pas la poursuite de l’apiculture.

Une étude propective a été menée après d’une promotion de 17 apprentis d’un centre de formation professionnelle pour adultes. Tous les stagiaires ont été piqués pendant leur formation majoritairement aux mains avec en moyenne 0,66 piqûre d’abeille par jour, soit un cumul moyen de 158,7±134, sur une exposition de 35 semaines de 7 jours. Il a été noté 2 159 réactions locales, 28 réactions locales étendues, 1 réaction générale anaphylactique légère et 1 réaction anaphylactique toxique modérée (suite à 48 piqûres).

(publié le 24 novembre 2016)