Exposition aux produits cosmétiques et risques pour la grossesse chez les professionnelles de la coiffure

D. Lafon, G. Abou-Anoma, M. Bouslama, D. Collot Fertey, B. Fontaine, R. Garnier, M-A. Gautier, A. Guilleux, M. Ould Elhkim, M-T. Labro, C. Picot, A. Radauceanu, A-C. Roudot, N. Sater. Références en Santé au Travail, 2014, n°138, pp. 25-45. Bibliographie
Le secteur de la coiffure emploie de nombreuses femmes jeunes susceptibles d’être enceintes.
Le risque pour la reproduction des professionnelles de la coiffure et des soins de beauté a été apprécié au travers de nombreuses études épidémiologiques (dont les résultats sont discordants et souvent à la limite de la significativité statistique) et de méta-analyses (qui montrent des effets faibles). Persiste une difficulté à affirmer la présence ou non d’un lien entre l’exposition aux produits cosmétiques et les troubles de la reproduction chez ces professionnelles en France.
Les coiffeuses peuvent être appelées à manipuler une quantité importante de produits. La base de données "Cosing" répertorie 20 370 substances susceptibles d’être utilisées en Europe par l’industrie des produits cosmétiques. La part utilisée en salon de coiffure n’est pas connue.
De plus, l’évaluation des produits cosmétiques décrite dans les recommandations du Scientific committee on consumer safety (SCCS) vise à protéger les consommateurs et ne prend pas en compte l’exposition des professionnels.
Il semble que plus de 37% des substances considérées par le SCCS comme sans risque pour les consommateurs le deviendraient pour des professionnelles.
Dans le cadre d’une saisine ministérielle, l’ANSM a identifié 50 substances potentiellement reprotoxiques et/ou perturbatrices endocriniennes entrant dans la composition de produits cosmétiques.
De nombreux paramètres interviennent dans l’évaluation des risques (mode d’exposition, fréquence d’exposition, niveau d’exposition) et finalement pour une grande majorité de substances, l’évaluation des risques vis-à-vis de la reproduction n’est pas réalisée. Les médecins du travail n’ont pas les outils ou les informations nécessaires pour évaluer ce risque chez les salariés qu’ils surveillent. En raison de la difficulté à affirmer la présence ou non d’un lien entre l’exposition aux produits cosmétiques et les troubles de la reproduction, une veille spécifique au sein de la profession se justifie.
La meilleure façon de protéger les salariés est d’utiliser les principes de prévention STOP : substitution, technique, organisation et protection individuelle.
Les risques potentiels pour la grossesse devraient être intégrés dans les formations initiales ou continues des personnels de salons de coiffure.
Une étude systématique du risque pour la grossesse doit être intégrée dans le document unique et la fiche d’entreprise. Le service de santé au travail doit faire une visite sur place, sachant que les fiches de données de sécurité ne sont pas obligatoires pour les cosmétiques.
Tous les moyens de prévention possible doivent être utilisés pour permettre aux coiffeuses enceintes de continuer leur travail.
Il est important de garder une traçabilité des conditions de travail et des solutions proposées à l’employeur dans le dossier médical de la salariée et de collecter toutes les informations médicales sur le déroulement de la grossesse et en cas de doute, de notifier ces informations auprès des organismes chargés de la toxicovigilance et/ou de la cosmétovigilance.
(publié le 6 octobre 2014)