Hôtels et dépendances :
les femmes de chambre en Europe

C. Guégnard, S-A. Mériot Travail et Emploi, 2010, n°121, pp.55-66. Bibliographie
Cet article analyse la qualité de l’emploi des femmes de chambre dans cinq pays d’Europe sous le double aspect des contraintes patronales de gestion de main d’œuvre et de la construction des trajectoires professionnelles des salariées.
Les conditions d’emploi au regard des stratégies des employeurs constituent le cœur de la première partie. Les spécificités sont analogues dans les cinq pays ; il s’agit d’un secteur dynamique mais peu rémunérateur. Il se distingue des autres activités par une prédominance des indépendants ou des non-salariés, une importance des postes d’exécution, la jeunesse et la féminisation de la main d’œuvre, la faiblesse du dialogue social, et une pratique syndicale qui contraste avec d’influentes unions patronales. De surcroît, rares sont les femmes qui accèdent immédiatement à un emploi stable à plein temps. Les employeurs ont largement recours au travail saisonnier et au travail à temps partiel pour gagner en fllexibilité. Le recours à la sous-traitance est exceptionnel et limité aux situations de réelle pénurie de main d’œuvre.
La deuxième partie s’intéresse plus spécifiquement aux conditions de travail. Les femmes de chambre occupent une position subalterne au sein des employés de l’hôtellerie ; elles doivent se faire invisibles vis-à-vis de la clientèle ; leur activité est pénible et servile et les perspectives professionnelles sont inexistantes. Les employées sont captives de leur emploi d’autant qu’un grand nombre d’entre elles sont d’origine étrangère et parlent difficilement la langue du pays et qu’elles n’ont habituellement aucun diplôme. Elle sont aisément fidélisées du fait de leur faible employabilité sur le marché du travail. Leur rythme de travail est soutenu, éprouvant et l’usure physique est importante. A cela s’ajoutent des durées de transport importantes (le personnel réside rarement à proximité des hôtels).
La qualité de l’emploi des femmes de chambre est identique dans les cinq pays étudiés tant en termes de conditions d’emploi que d’activités. Mais un clivage apparaît en fonction des catégories d’établissement. Elles n’ont guère de ressources pour contrer une intensification de l’activité ou une application fantaisiste de la législation. Les femmes de chambre quel que soit le pays connaissent des destinées similaires. Elles subissent à la fois l’insécurité du travail et tous les mauvais côtés de la flexibilité. L’usure physique engendrée par leur activité fait que leur expérience peut se retourner contre elles et la difficulté de trouver un emploi lorsqu’elles sont fatiguées de ce métier les conduit généralement vers la précarité et le chômage.
(publié le 28 septembre 2010)