Risques toxiques en cordonnerie

F. Testud Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2013, vol.74, n°4, pp. 438-439. Références
Les nuisances chimiques en cordonnerie sont dominées par les solvants organiques.
Les colles néoprène sont constituées d’une résine polychloroprène en solution dans une phase solvant composée d’hydrocarbures pétroliers et d’esters, tous très volatils.
Les solvants de ces colles sont peu irritants pour la peau et les muqueuses. Ils ne sont pas hépatotoxiques.
Leur toxicité aiguë est essentiellement neurologique : signes ébrionarcotiques (sensation d’ivresse, euphorie, nausées, céphalées, vertiges, somnolence..), réversibles rapidement à l’arrêt de l’exposition.
Leur toxicité chronique est responsable en cas d’exposition prolongée, de troubles mentaux organiques (perturbations cognitives isolées, pertes de la discrimination chromatique dans l’axe bleu/jaune, psychosyndrome organique), mais aussi d’une élévation faible de l’incidence des sclérodermies, d’une accélération de l’évolution des glomérulopathies chroniques ainsi que d’une probable stéatose hépatique.
La femme enceinte exposée au cours du premier trimestre risque fausse couche et augmentation des malformations chez l’enfant à naître. _ Les résines phénoblastes contenues dans les colles néoprène sont sensibilisantes et provoquent des eczémas de contact.
La colophane est responsable d’eczéma de contact, de rhinite et d’asthme.
Les aérosols imperméabilisants contiennent des résines fluorées insaturées responsables en cas de pulvérisation importante dans un local exigu, d’alvéolite aiguë, évoluant vers la détresse respiratoire, d’évolution généralement favorable sous traitement symptomatique.
La réparation des chaussures tout comme la fabrication ont été classées en 1980 par le CIRC dans le groupe 1 des agents ou procédés cancérogènes pour l’homme.
Des adénocarcinomes nasosinusiens ont été décrits chez les salariés fortement exposés aux poussières de cuir en lien avec les tanins flavonoïdes d’origine végétale (affections très rares en cordonnerie actuellement, le travail des semelles de cuir étant devenu rare).
La surveillance médicale des cordonniers passe par l’interrogatoire et l’examen clinique orienté vers la détection des effets neurologiques.
Une surveillance biométrologique est possible pour de nombreux solvants : les résultats permettront de mesurer l’intensité de l’exposition, d’en assurer la traçabilité et d’orienter la prévention.
(publié le 20 janvier 2014)