Stylistes ongulaires : conditions de travail, perception des risques et prévention en Île-de-France

C. Wargon, H. André, N. Carré, J-M. Decerle, L. Leguier, M. Noyé, S. Pognon, M-L. Sanchez Références en Santé au Travail, 2018, n°156, pp. 29-45. Bibliographie et annexes
Une enquête transversale a éé menée dans 22 salons de stylisme ongulaire en Île-de-France dans l’objectif d’appréhender la connaissance des risques liés à l’activité de pose de faux ongles et les conditions de travail de ces établissements.
L’enquête s’est déroulée à la faveur de visites dans les établissements au cours desquelles des questionnaires ont été renseignés avec les salariés présents dans le salon. Les réponses étaient complétées par l’étude pratique de l’environnement de travail.
Les 62 personnes présentes lors de l’enquête étaient exclusivement des femmes d’âge moyen 32 ans.
Les produits utilisés dans la profession et cités dans la littérature exposent à un risque cancérogène (dont l’hydroxyanisole butylé stabilisant dans les colles cyanoacrylates ou les rayonnements ultraviolets).
L’expertise de l’ANSES a montré que 60 substances étaient préoccupantes dans l’atmosphère des lieux de soins et de décoration des ongles, parmi lesquelles les méthacrylates, des composés organiques semi-volatils, du toluène en forte concentration.
Près de 3/4 des salons visités ne disposaient pas de fiches de données de sécurité, mais près des 2/3 utilisaient des produits étiquetés, ce qui est cohérent avec la réglementation spécifique concernant les produits cosmétiques .
Si les salariés connaissaient la majorité de risques inhérents à la pose de prothèses ongulaires, le risque reprotoxique n’a jamais été précisément nommé par les salariés.
Les salariées pour la plupart avaient été formées pour reconnaitre une peau ou un ongle infecté ou lésé et ne pas pratiquer l’activité dans ce cas. Elles connaissaient aussi le risque d’accident avec exposition au sang et ses conséquences. Par contre, les repas étaient pris dans le salon une fois sur deux.
Les moyens de prévention du risque chimique tels que la ventilation générale, locale de type tables aspirantes, le port de gants et de masques de protection contre les poussières sont peu miss en œuvre dans cette profession.
Cette étude a montré la survenue de deux dermatoses allergiques aux méthacrylates, reconnues maladies professionnelles ( tableau n°65 du régime général de la Sécurité sociale), non seulement en raison de l’utilisation de substances connues pour être sensibilisantes mais aussi en raison d’une prévention technique insuffisante.
La prévention technique pourrait être améliorée par un meilleur niveau d’information et de formation du personnel, la substitution des produits chimiques dangereux et a fortiori des CMR, l’utilisation de tables aspirantes performantes et par la fermeture des poubelles. En complément, il faut conseiller le port de masques FFP2, de lunettes de protection, de gants en nitrile lors de l’utilisation de produis très sensibilisants et changés à chaque client.
Cette enquête a également permis d’établir les fiches d’entreprise des salons visités, axées vers une prévention technique adaptée.
(publié le 5 février 2019)