Bitume : vers des solutions pour améliorer la protection des salariés

C. Patrascu, N. Bertrand, B. Courtois, A. Mardirossian, F. Bonthoux, F. Clerc, B. Sutter, R. Vincent, N. Judon , Hygiène et Sécurité du travail, 2013, n°232, pp.6-11. Bibliographie
Les enrobés utilisés pour la fabrication des routes sont susceptibles d’émettre des fumées pouvant contenir des substances dangereuses notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont certains sont classés cancérogènes ainsi que des produits irritants.
Le CIRC (centre international de recherche sur le cancer) a classé l’exposition aux fumées de bitume lors des travaux de revêtements routiers, comme possiblement cancérogène pour l’homme (groupe 2B).
Afin d’améliorer la prévention du risque chimique dans les travaux routiers, début 2011, différents organismes professionnels ont mis leurs ressources en commun et des groupes de travail ont été constitués dans l’objectif de mettre en place des mesures de prévention.
Depuis l’abandon du goudron au profit du bitume, les concentrations en benzo[a]pyrène ont considérablement diminué et atteignent des chiffres bien en deçà de la valeur recommandée de 150 ng/m3.
Par contre, la moyenne arithmétique de l’indicateur fraction soluble au CH2Cl2 (0,34mg/m3) est très proche de la valeur guide de 0,5mg/m3 et 20% des résultats des mesures la dépassent.
L’INRS s’est donné pour objectif de développer des méthodes d’évaluation de l’exposition respiratoire et travaille selon quatre axes : identifier un solvant de substitution du benzène, déterminer la bonne configuration de l’échantillonneur compatible avec la méthode d’extraction et d’analyse, développer une méthode pour analyser les particules inhalables et les vapeurs avec suffisamment de sensibilité pour pouvoir être utilisés pendant les 10 ans à venir et proposer une méthode et un matériel faciles à mettre en œuvre et utilisables par la majorité des laboratoires d’analyse.
Deux entreprises : Colas et Eurovia ont engagé une étude ergonomique pour repérer et identifier les situations ou modes opératoires qui induisent une exposition de la peau au bitume. Il apparaît que certaines situations d’exposition des fumées au bitume peuvent être plus fréquentes en phase d’attente qu’en phase de travail et que le port de gants est loin d’être systématique, les opérateurs étant plus sensibilisés au risque de brûlure qu’au risque lié au contact cutané.
Des recherches sont en cours pour faire évoluer les finisseurs (mise en place de systèmes de captage et d’aspiration des fumées) et recycler les matériaux de revêtement routier.
(publié le 2 janvier 2014)