L’activité de conducteur de travaux sur les chantiers de construction : ordonnancement et supervision d’une situation dynamique

J. Forrierre, F. Anceaux, J. Cegara, F. Six Le Travail Humain, 2011, tome 74, n°3, pp.283-308
L’objectif de cet article est de caractériser les activités cognitives du conducteur de travaux.
Le secteur du BTP est une activité de prototype et en amont de cette construction, existe tout un travail de conception et de préparation des chantiers et une logique aval avec un contexte réel de travail qui vient perturber la planification prévue par l’encadrement de chantier.
Le conducteur de travaux joue un rôle d’interface entre différents acteurs et occupe "une position de nœud de relations". Il est "le réceptacle de toutes les demandes et prescriptions de l’amont qu’il doit mettre en cohérence, tout en garantissant la meilleure marge pour son entreprise".
Le conducteur de travaux intervient au stade de la réalisation du planning prévisionnel des travaux et sur l’affectation des ressources nécessaires à la réalisation de l’ouvrage (à l’aide des services fonctionnels de l’entreprise et du chef de chantier). Il planifie les étapes principales sans toutefois détailler finement les modes opératoires. Il intervient ensuite lors de la réalisation de l’ouvrage, dans un contexte de pluri-activités, impliquant de fréquentes interactions. Il a alors une tâche d’ordonnancement et en parallèle une tâche de supervision et de contrôle de la réalisation de l’ouvrage au fur et à mesure de son évolution.
Le chantier s’avère une situation complexe et dynamique pour le conducteur de travaux renvoyant à divers problèmes mal définis (il est rare que la conception de l’ouvrage soit entièrement achevée au moment où les travaux démarrent) et l’on retrouve "un entrelacement des périodes de conception et des périodes de réalisation". Il existe dès lors des boucles de rétroaction (nécessaires à l’ajustement des décisions et des actions en lien avec la multiplicité des intervenants sur le chantier) et le conducteur de travaux devient un "concentrateur d’informations" chargé de vérifier et de contrôler la conformité du déroulement des travaux par rapport aux prévisions mais aussi de prendre des décisions suffisamment rapides face aux imprévus et aléas (afin de ne pas retarder l’avancement du chantier) et d’articuler les interventions successives des différents acteurs.
Il a avant tout un rôle de pivot et il doit construire des plans alternatifs reposant sur des anticipations d’évènements vraisemblables en fonction de l’environnement dans lequel il s’inscrit, des utilisateurs éventuels (riverains, entreprises), et des conditions météorologiques.
De nombreuses contraintes pèsent sur lui : l’incertitude des informations (sur les dates, sur les clients, sur les fournisseurs, sur la localisation de différents réseaux souterrains, etc.) , l’instabilité du processus (obligeant à un ré-ordonnancement en temps réel), la pression temporelle, la coexistence de plusieurs cycles avec des rythmes différents (un cycle long qui correspond au chantier et des sous-cycles de durées plus courtes et variables qui correspondent à des phases d’interventions), la continuité/discontinuité du processus (obligeant à des ajustements perpétuels), la complexité structurale (liée aux contraintes implicites telles que contraintes personnelles liées aux compagnons, contraintes environnementales et organisationnelles), les objectifs multiples et contradictoires (gestion permanente de dilemmes quant à l’arbitrage des choix).
On voit bien au total que la complexité et la dynamique du chantier induisent une importante charge cognitive pour le conducteur de travaux.
(publié le 11 octobre 2011)