Vie, travail, santé des salariés de la sous-traitance du nucléaire

D. Barbat, D. Bejeau, F. Bergaut, M-H. Boulay, M-J. Devaux, L. Diem-Lam, J-M. Hémery, A. Meyer, A. Rousselet, J. Sauvagère, R. Sud, B. Thomas, A-M. Zimmermann, B. Loussert, M-L. Vibert, B. Wilbert, P-Y. Montéléon, C. Wargon Références en Santé au Travail, 2013, n°136, pp. 39-63. Bibliographie et annexes
Une étude transversale, descriptive, à visée exhaustive, réalisée au moyen d’un questionnaire anonyme standardisé, conçu pour cette étude, a été menée par 12 médecins"habilités" et volontaires. Elle a porté sur les salariés des entreprises d’ Île-de France sous-traitantes de l’ensemble des installations nucléaires de base (INB) en France, y ayant travaillé au cours des douze derniers mois, lors de leur visite médicale annuelle. Cette étude s’est intéressée aux effets éventuels, dans la durée, du travail en INB et des conditions de vie des salariés concernés, sur leur santé.
La population est majoritairement masculine (814 hommes et 39 femmes). Les salariés de 50 ans et plus représentent 21% de la population de l’étude. 91% des salariés sont en CDI, 7% sont intérimaires et 2% sont en contrat à durée déterminée ou autre type de contrat précaire. La population incluse dans l’étude représente 31% des salariés de la sous-traitance du nucléaire en Ile-de-France.
Le temps moyen passé en INB par rapport au temps total de travail est de 64,8% et 37,2% du temps passé en INB l’est pour des travaux sur arrêt de tranche. _ La mobilité est une caractéristique de la sous-traitance du nucléaire. Les missions sont courtes (la moitié sont inférieures au trimestre) et le kilométrage moyen professionnel annuel est de 25 000 km. Les salariés travaillant en maintenance nucléaire roulent souvent de nuit.
Leurs conditions de vie sont particulières et plus de 2/3 des salariés ne peuvent rentrer chez eux tous les soirs.
Ce nomadisme a un impact sur la vie familiale et sociale, sur la façon dont ils se nourrissent, font du sport ou se soignent et sur leur santé.
272 salariés déclarent qu’il est moins pénible de travailler en secteur nucléaire, 242 que c’est plus pénible et 80 qu’il n’y a pas de différence.
Les médecins du travail constatent des pathologies chez 4 salariés sur 10 alors que ceux-ci se déclarent en bonne santé rapportant cependant des difficultés d’accès aux soins ; ces problèmes de santé pouvant être gênants pour le travail en secteur nucléaire, compte tenu des contraintes inhérentes à ce secteur.
Des disparités importantes existent entre les salariés "sédentaires" travaillant en horaire de jour sur un seul site et les "nomades"se déplaçant d’un site à l’autre en fonction des arrêts de tranche. C’est au sein de cette dernière population, qu’ont été observées les plus importantes contraintes de vie au travail mais aussi une ancienneté dans le poste plus longue pouvant rendre difficile le maintien au travail.
Les signes d’appel d’un travail vécu comme pénible pourraient être : déclarer travailler dans l’urgence et déclarer ne pas se sentir en sécurité. Estimer son temps de repos suffisant est associé à un vécu moins pénible.
Il convient dès lors de réfléchir aux conditions de travail afin d’engager des améliorations substantielles.
(publié le 18 février 2014)