Troubles de la voix chez les enseignants français : prévalence, facteurs associés et retentissement sur le bien-être au travail et la qualité de vie

C. Gallinari, J-P. Garsi, M-N. Vercambre-Jacquot

Les auteurs ont utilisé les données de l’enquête nationale "Qualité de vie des enseignants", élaborée par la MGEN et mise en œuvre en 2013 dans l’objectif de dresser un état des lieux de la santé des enseignants en France en lien avec leurs conditions de travail. Cette enquête comportait une section dévolue à la voix et à ses troubles.
Trois indicateurs complémentaires des troubles vocaux ont été utilisés : le score de Voice-Handicap Index, l’impossibilité de faire cours à cause d’un problème de voix depuis le début de l’année scolaire et le fait d’avoir déjà consulté un professionnel de santé pour un problème de voix.
Parallèlement, des indicateurs de bien-être au travail et de bien-être plus global ont été utilisés.

Il en ressort que 13% des enseignants présentaient un handicap vocal modéré à sévère, 16% avaient été dans l’impossibilité de faire cours à cause d’un problème de voix depuis le début de l’année scolaire et 23% avaient déjà consulté un professionnel de santé pour un problème de voix.
Pour l’un ou l’autre indicateur de troubles vocaux, une association potentiellement significative a été observée avec le sexe, l’âge, l’environnement de vie, le niveau d’enseignement, l’expérimentation de la violence psychologique au travail, le nombre d’heures d’enseignement et la configuration des locaux de l’établissement d’enseignement.
Dans les modèles ajustés sur le sexe, l’âge et la situation familiale, les troubles vocaux étaient significativement liés à de moins bons indicateurs de bien-être sur le plan professionnel, mais également sur le plan de la qualité de vie globale.
Cette étude montre bien que les troubles vocaux représentent une problématique réelle chez les enseignants français et que les facteurs systématiquement associés à un problème de voix sont le sexe féminin, une forte demande psychologique, le fait d’avoir été victime de violence psychologique au travail. Pour 2 indicateurs sur 3, les facteurs significativement associés sont l’âge, la pollution de l’environnement de vie et une origine sociale des élèves défavorisée.
Les limites de cette étude sont son caractère transversal (empêchant toute interprétation causale des associations retrouvées) et l’absence de données sur les habitudes vie dont la consommation de tabac.
La prévention repose sur la limitation du risque psychosocial à l’école, l’amélioration de l’environnement de travail sur le plan de la pollution, du bruit, de la poussière et une formation vocale.

(publié le 1er décembre 2016)