Allergie respiratoire professionnelle dans l’industrie agroalimentaire

J.M. Renaudin Références en Santé au Travail, 2012, n°130, pp. 137-149. Bibliographie.

Dans l’industrie agroalimentaire, de nombreuses sources d’allergènes inhalés peuvent entraîner l’apparition d’allergies respiratoires professionnelles. Cependant, la prévalence de la rhinite et de l’asthme chez les salariés y semble peu élevée.
Les agents étiologiques responsables sont le plus souvent de nature protéique et de haut poids moléculaire.
Il peut s’agir

  • d’allergènes alimentaires d’origine animale (produits laitiers, œuf de poule, viandes),
  • d’allergènes des produits de la mer (en lien le plus souvent avec la paravalbumine) et plus récemment avec Anisakis simplex, parasite infectant le tube digestif des poissons),
  • d’allergènes d’origine végétale (céréales, allergènes végétaux),
  • d’allergènes des micro-organismes (moisissures alimentaires, champignons),
  • d’allergènes d’origine chimique : conservateurs chimiques comme les sulfites ou les désinfectants comportant des ammoniums quaternaires.

Les principaux métiers à risque sont le stockage des matières premières alimentaires et des divers auxiliaires de fabrication, la boulangerie et la pâtisserie industrielles, la fabrication de divers produits à base de céréales, la confiserie, les abattoirs, la boucherie et la charcuterie industrielles, la poissonnerie industrielle et la transformation des produits de la mer, la fabrication et la transformation de produits laitiers, la fabrication de conserves, de surgelés, de plats cuisinés.

Les facteurs de risque sont

  • individuels : l’atopie (relation nette pour l’asthme professionnel aux produits de la mer), une sensibilisation asymptomatique aux allergènes professionnels.
  • fonction de la nature de l’allergène (les poudres protéiques sont plus allergisantes que les protéines hydrosolubles sous forme d’aérosols).
  • environnementaux : hygiène médiocre des locaux, insuffisance de ventilation.

Le diagnostic repose sur l’existence de symptômes avec un rythme professionnel, la réalisation d’un bilan fonctionnel respiratoire et la mise en évidence d’une sensibilisation à des allergènes présents sur le lieu de travail (test cutanés, dosage d’IgE spécifiques). Une confirmation en milieu spécialisé peut requérir la réalisation d’un test de provocation nasale ou bronchique spécifique.

La prévention technique repose sur l’automatisation de certaines tâches, la mise en place d’une aspiration efficace, le choix des procédés les moins exposants, l’entretien régulier des locaux, l’information des salariés sur les risques de sensibilisation. En cas d’échec des mesures collectives, les salariés disposeront d’équipements de protection individuelle adaptés.
A l’embauche, on évitera d’affecter aux postes exposés des sujets porteurs d’un asthme symptomatique ou d’une autre affection respiratoire chronique.
Les sujets exposés bénéficieront d’une surveillance médicale régulière (recherche des signes évocateurs de rhinite, de conjonctivite ou d’asthme, EFR à intervalles réguliers, avis et examens complémentaires précoces en cas de manifestations respiratoires d’allergie).
En cas d’inaptitude, un reclassement professionnel est souvent illusoire dans l’entreprise, du fait de la présence d’allergènes dans l’atmosphère. _La réparation en maladie professionnelle est possible sous certaines conditions à la fois dans le régime général (tableaux n° 66 et 66 bis) et dans le régime agricole (tableau n°45)

(publié le 18 octobre 2012)