Fabrication de saucissons secs et pneumopathie d’hypersensibilité
Point des connaissances et étude de poste

D. Gehin, M. Faure, P. Duquenne, X. Simon, D. Vallet, F. Montjoffre, C. Le Bâcle Documents pour le Médecin du Travail, DMT, 2009, n°120, p.437-452. Bibliographie.
Cet article présente en première partie le point des connaissances à propos des pneumopathies d’hypersensibilité qui sont des maladies pulmonaires caractérisées par une réaction inflammatoire suite à l’inhalation d’antigènes spécifiques d’origine organique (le plus souvent) ou parfois chimique. Les facteurs environnementaux prennent une place importante dans le développement de ces pneumopathies. L’aspect clinique est fonction de la durée et de l’intensité de l’exposition et on distingue des formes aiguës (les plus courantes), subaiguës ou chroniques. La radiographie thoracique normale n’exclut pas le diagnostic mais a contrario l’existence d’anomalies radiologiques ne doit plus être considérée comme un critère diagnostique majeur d’alvéolite allergique extrinsèque. Lors des explorations fonctionnelles respiratoires (EFR), la baisse de la DLCO (Diffusing capacity of the Lung for Carbon monoxide, capacité de diffusion du CO) est un indicateur diagnostique extrêmement sensible bien que dans 20% des cas, les EFR puissent être normales. Le devenir de la maladie est en partie conditionné par le maintien, l’intensité et la fréquence de l’exposition. La guérison ad integrum est obtenue le plus souvent après arrêt de l’exposition à l’antigène causal. Les corticoïdes par voie générale sont indiqués uniquement dans les formes récentes sévères, hypoxémiantes. Les formes chroniques nécessitent un traitement symptomatique, éventuellement une oxygénothérapie longue durée. La réparation se fait au titre des tableaux 66 et 66 bis du Régime Général et 45 du Régime Agricole, mais aussi par le biais du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles pour les affections hors tableau.
Dans une seconde partie, les auteurs présentent une étude de poste dans une entreprise produisant 1 200 à 1 400 tonnes de saucissons par an, étude réalisée dans le cadre d’une demande d’assistance du service Prévention d’une Caisse Régionale d’Assurance Maladie.
Les différentes étapes de fabrication sont passées en revue. C’est au niveau du poste de brossage-farinage que des problèmes respiratoires ont été constatés chez les personnels exposés, évoquant une atteinte de nature inflammatoire et/ou immuno-allergique. Les visites d’entreprise ont été complétées par la réalisation de prélèvements atmosphériques. Globalement il existe un empoussièrement important avec des résultats proches des valeurs limites laissant présager de fréquents dépassements. D’ailleurs, certains prélèvements individuels sont largement supérieurs aux valeurs autorisées. Les concentrations en moisissures sont particulièrement importantes pendant toute la durée du travail malgré la prévention collective déjà mise en place. Les activités de brossage-farinage sont clairement identifiées comme sources importantes d’aérosols fongiques et de poussières. Les constats et les mesures effectuées conduisent à réfléchir à l’amélioration des moyens de prévention. Les salariés affectés à ces ateliers devraient relever d’une surveillance médicale renforcée et bénéficier d’un contrôle de leur fonction respiratoire avec EFR annuelle ou bisannuelle.
(publié le 17 mars 2010)