Mesure de l’exposition aux moisissures et atteintes respiratoires chez les affineurs de fromages

A. Bonnafé, X. Simon, P. Duquenne, J.C. Bastide, D. Laimé, C. Le Bâcle Références en Santé au Travail, 2014, n°137, pp. 47-57. Bibliographie
Une campagne de mesure des concentrations en moisissures dans l’air a été réalisée dans une cave d’affinage de fromages Saint-nectaire en Auvergne par l’équipe du laboratoire de métrologie des aérosols de l’INRS, afin d’explorer la possibilité d’un lien entre les troubles respiratoires d’une salariée de cette cave et son travail. Les moisissures font partie intégrante du processus de fabrication de ces fromages. Dans cette atmosphère contaminée, travaillent des affineurs : certains lavent et frottent avec soin à la main chaque fromage, certains retournent les fromages, certains les sélectionnent, d’autres les conditionnent, d’autres encore assurent la manutention et l’entretien de la cave et du matériel de cave.
Plus de 50 prélèvements ont été effectués pendant les 3 jours de la campagne, s’intéressant aux zones les plus contaminées mais aussi à des zones servant de témoins (parking des salariés et salle de réunion dans un bâtiment séparé de la cave).
Les concentrations mesurées à poste fixe en UFC (unité formant colonie) sont toutes supérieures à 104 UFC.m-3, et atteignent 10 7 UFC.m -3 près de l’activité de frottage. Ces concentrations sont environ 100 à 10 000 fois plus élevées que celles mesurées aux points de référence. Les prélèvements individuels confirment ces concentrations qui dépassent 105 UFC.m -3. Sélectionneurs, laveurs et frotteurs sont les plus exposés avec des concentrations atteignant 108 UFC.m -3 pour ces derniers. Des prélèvements individuels sur deux techniciens qui évoluaient dans la cave sans manipuler les fromages montrent des chiffes élevés, témoin de la contamination importante de l’air de la cave.
Les comparaisons sont difficiles car les études sur ce sujet sont peu nombreuses et les résultats obtenus par des prélèvements de courte durée.
Il n’existe à ce jour aucune réglementation française ou étrangère sur les limites d’exposition aux aérosols. Seules existent des valeurs guides affichées par certains organismes de prévention ou proposées dans des travaux scientifiques.
Parallèlement, les relations dose-effet et les effets sur la santé ne sont pas bien connus, pas plus que l’existence d’un seuil d’exposition sous lequel il n’y aurait pas de risque.
Or, toutes les moisissures peuvent être considérées comme pathogènes dans certaines circonstances puisqu’elles peuvent toutes produire des allergènes potentiels et des substances irritantes ou inflammatoires.
Sur les 20 salariés de l’entreprise travaillant à la production du Saint-nectaire, une personne (à l’origine de l’étude) présentait une dyspnée et une toux rythmées par le travail en cave et 6 autres ont exprimé des plaintes lors de la visite médicale (toux ou sensation d’oppression thoracique, gêne respiratoire).
Cette étude suggère qu’il existe un risque pour les travailleurs en cave d’affinage des fromages, mais les données recueillies auprès des consultations de pathologie professionnelle de la région sont pauvres (très peu de fromagers-affineurs étant adressés en consultation de pathologie professionnelle pour des problèmes respiratoires suspectés en lien avec leur travail).
La prévention des pathologies reposerait sur l’automatisation des tâches mais le choix d’un affinage manuel est valorisé comme une marque de qualité auprès des clients. Une ventilation efficace est indispensable pour diminuer l’exposition notamment aux postes d’emballage.
Les protections individuelles respiratoires deviennent indispensables : un masque FFP2 est recommandé par l’IRSST pour des concentrations à partir de 103 UFC.m-3 et un masque complet à adduction est préconisé pour des concentrations au-delà de 106 UFC.m-3, ce qui est la cas de la totalité des affineurs quel que soit leur poste. Si les masques FFP2 sont à disposition de tous, seuls les frotteurs les portent systématiquement.
La prévention médicale repose sur un interrogatoire systématique de l’ensemble des travailleurs en cave à la recherche d’une symptomatologie d’irritation nasale ou bronchique et sur des explorations fonctionnelles respiratoires réalisées à l’embauche et à intervalles réguliers.
L’information des salariés est essentielle afin d’espérer l’adhésion du personnel à des mesures de prévention individuelle contraignantes.
(publié le 25 septembre 2014)