Risques biologiques et chimiques encourus par les fossoyeurs

I. Balty, V. Caron Références en Santé au travail, 2012, n°30, pp.25-39. Bibliographie
Cet important article très documenté intéressera tous les acteurs de la santé au travail qui s’interrogent sur la surveillance médicale des fossoyeurs.
On trouvera une description détaillée du métier de fossoyeur et de ses conditions de travail.
Si l’inhumation n’entraîne aucun contact avec le corps du défunt , il n’en est pas de même lors de l’exhumation qui consiste à ouvrir une sépulture afin de retirer les restes d’un corps.
Les contraintes évoquées par les fossoyeurs interrogés mettent en avant l’exposition aux intempéries, la pénibilité du travail physique et le volet psychologique, le risque de chutes de plain-pied, de chutes de hauteur, d’ensevelissement dans les fosses ou les caveaux profonds, de blessures avec des clous, des ferrailles ou avec les outils utilisés.
Les risques biologiques sont suspectés et mal identifiés.
Pour évaluer ces risques, il faut comprendre les processus qui interviennent dans la décomposition des corps. Différentes phases anaérobie et aérobie se succèdent mettant en jeu des espèces bactériennes spécifiques. Le terrain est un élément important, les environnements très secs (déserts) favorisant la momification, les conditions humides anaérobies conduisant à la formation d’adipocire ("gras de cadavre") empêchant la décomposition.
Les gaz se produisent lors de la phase de putréfaction. Il se classent en composés soufrés, composés azotés et composés carbonés ; ces gaz sont plus souvent responsables d’une gêne olfactive (gaz soufrés et amines malodorants) plutôt que de malaise ou d’accident. le port d’un masque muni de filtre anti-gaz peut dans certains cas se justifier. Le risque d’anoxie doit cependant être évalué lors des interventions dans les caveaux très profonds.
En ce qui concerne le risque infectieux, ni les bactéries aérobies pathogènes ni les virus présents dans l’organisme au moment du décès ne survivent à la phase de décomposition aérobie. Il est hautement improbable qu’un fossoyeur contracte hépatite A, leptospirose ou maladie du charbon lors de son activité professionnelle.
Le risque majeur est celui de germes telluriques qui pourraient être à l’origine de surinfections après effraction cutanée, voire de gangrène gazeuse en cas de plaie profonde.
La prévention repose sur le drainage des sols (l’humidité ralentissant le processus de décomposition), la ventilation des cercueils et l’allongement du délai pour les exhumations (attendre la décomposition totale).
Le risque accidentel sera prévenu par la mécanisation des tâches, une organisation du travail réfléchie, le respect strict des mesures d’hygiène, le port d’équipements de protection individuelle (gants, bottes, éventuellement combinaison imperméable pour l’ouverture d’un cercueil hermétique qui pourrait induire le risque d’un contact possible avec des liquides de putréfaction).
Les vaccinations contre la leptospirose et l’hépatite A ne sont pas justifiées, mais les rappels dTP sont indispensables.
(publié le 18 octobre 2012)